Pourquoi un programme de sauvegarde de l’Erismature à tête blanche ?

L’Érismature à tête blanche – Oxyura leucocephala est l’un des canards plongeurs d’Eurasie le plus menacé en Europe. Ses effectifs sont très faibles déclinent et sa population fragmentée entre l’Espagne, l’Afrique du nord du Maroc à la Tunisie, la partie orientale de la Méditerranée, et le sud-ouest et le centre de l’Asie jusqu’au Moyen-Orient. L’espèce est classée en danger d’extinction au niveau mondial par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (BirdLife International & UICN, 2012).

Érismature à tête blanche – Oxyura leucocephala

Deux principales menaces pèsent sur l’espèce :

  • la disparition des zones humides,
  • l’hybridation et la compétition avec une espèce proche issue d’Amérique du nord, l’Érismature rousseOxyura jamaicensis.
Érismature rousse – Oxyura jamaicensis

Introduite au Royaume-Uni il y a plus d’un demi-siècle, l’Érismature rousse s’est répandue en Europe. Entrée en contact avec l’Érismature indigène en Espagne, elles ont donné naissance à des hybrides féconds.

Le programme de limitation de l’Érismature rousse

Face à cette menace d’introgression génétique, les pays européens concernés se sont mobilisés pour produire une réglementation internationale visant l’éradication de l’Érismature rousse, qui s’est traduite en France par l’arrêté ministériel du 12 novembre 1996.

Afin de préserver l’Érismature à tête blanche, des opérations visant à éradiquer l’Érismature rousse prioritairement sur le lac de Grand-Lieu ont démarrés dès 1998. Les premières opérations de régulation sont menées conjointement par la SNPN et l’ONCFS.

Pourquoi des actions de limitation prioritaires à Grand-Lieu ?

Le lac de Grand-Lieu accueille environ un quart de la population française d’Erismature rousse nicheuse et la quasi-totalité de la population nationale hivernante. Ceux-ci se dispersent au  printemps pour aller nicher dans le Morbihan, l’Ille-et-Vilaine, le Maine-et-Loire, la Mayenne et la Vendée. Ainsi le lac de Grand-Lieu constitue un site majeur pour la reproduction de l’Erismature rousse.

En 2018, l’Office Français de la Biodiversité (OFB) démarre un programme LIFE Oxyura pour 5 ans. La SNPN est partenaire pour la mise en œuvre du programme et assure avec l’OFB :

  • la construction et le déploiement d’une cage piège 
  • des opérations contrôlées de tir à l’affut en fin d’hiver, période au cours de laquelle les érismatures rousses se rapprochent des bordures.
  • la poursuite et l’amélioration des opérations de tir) l’approche du printemps et à l’automne.

Programme LIFE Oxyura

Évolution des effectifs sur le lac

Depuis un pic historique atteint en 2006, avec 256 hivernants, les effectifs ont régulièrement baissé pour atteindre un niveau très bas puisque ce sont seulement 14 oiseaux qui ont été recensés à la mi-janvier 2021 sur le lac. Cette baisse est le fruit des opérations de gestion et également d’une succession de printemps avec une faible réussite en nidification (crues tardives notamment). 

Ces très faibles effectifs auguraient de bons résultats sur cette opération et sur le programme Life. Malheureusement, en toute fin d’année 2021 ce sont plus de 50 oiseaux qui ont été dénombrés à la mi-décembre (arrivée récente de façon simultanée). La question se pose de leur provenance. Le suivi précis réalisé sur Grand-Lieu exclut une présence locale passée inaperçue. De même, la mobilisation des agents de l’OFB dans le cadre du Life et dans le cadre des missions habituelles des équipes des Services départementaux ne laisse pas envisager une provenance régionale (Grand Ouest de la France) ni même peut-être française. L’évolution récente de la population aux Pays-Bas où la régulation de l’espèce est faible voir absente font de ce ce pays un site de provenance qui demandera à être confirmée.

Évolution des effectifs de l’Erismature rousse à la mi-janvier sur le lac de Grand-Lieu

 

 

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