L’herbier du prince Bonaparte : Un trésor numérisé

Planche de dryade (Dryas sp.) collectée par Roland Bonaparte dans le Valais suisse en août 1902. L’étiquette manuscrite, avec la double marque étoilée décorative, est spécifique de la présentation du prince. Noter également la mention « empoisonné » au bas de la feuille, suite au traitement chimique appliqué à l’arrivée de la collection à Lyon. Photo : Yves Thonnérieux

L’Université Claude Bernard de Lyon 1 héberge un précieux herbier, le quatorzième le plus important au monde en nombre d’échantillons et le deuxième herbier universitaire après celui d’Harvard. Le clou de cette collection, constitué par les quelque trois millions de spécimens de plantes réunis par le prince Roland Bonaparte, a fait l’objet d’une opération de numérisation. Texte et photos : Yves Thonnérieux, de l’association des Journalistes écrivains pour la nature et l’écologie Texte publié initialement dans Le Courrier de la Nature n° 315, mars-avril 2019 Petit-neveu de Napoléon 1er, le prince Roland Bonaparte (1858-1924) s’apprêtait à reprendre le flambeau de sa lignée, lorsqu’une loi de 1886 empêcha tout membre d’une famille ayant régné d’embrasser la carrière militaire. Fraîchement sorti de Saint-Cyr, le soldat contrarié se lança alors, apparemment sans regrets, dans une gigantesque et insatiable conquête scientifique. « L’empereur » de la botanique En se mariant, en 1880, avec Marie-Félix Blanc, Roland Bonaparte épousa aussi la fortune de l’héritière du fondateur du casino de Monte-Carlo et de la Société des bains de mer de Monaco. À peine deux années plus tard, Marie-Félix décédait en accouchant de la princesse Marie. Cet événement malheureux fit du jeune veuf un richissime rentier qui allait consacrer l’essentiel de son temps à la connaissance scientifique et technologique. Ses centres d’intérêt englobaient la géographie, la géologie, la spéléologie, l’ethnologie, l’aéronautique, la photographie et surtout la botanique qui prit le pas sur le reste. Il sillonna d’abord nos régions et y engrangea ses premiers trophées végétaux. Dans ses cahiers, il alignait des spécimens rapportés de séjours hexagonaux (Alpes, Pyrénées…), mais également de voyages à l’étranger (Scandinavie, Amérique du Nord…). Surtout, il passait commande à des scientifiques amateurs, des naturalistes voyageurs ; sans oublier les ecclésiastiques en mission auxquels il accordait parfois, en échange de leurs envois, la restauration d’églises érigées en de lointaines contrées au nom de l’évangélisation des populations autochtones. Reconnu par ses pairs, Roland Bonaparte entra en 1907 à l’Académie des sciences, dont il devint président 12 ans plus tard. L’herbier voyageur Au cours de sa vie, le prince parvint à amasser une collection botanique considérée comme la plus vaste jamais réalisée par un particulier. Son projet était de constituer un herbier général qui soit aussi complet que possible, car contenant des espèces du monde entier. Ses échanges épistolaires montrent l’incessant souci qui était le sien de contacter des personnes à même de collecter des plantes à distance ou de lui en vendre. C’est ainsi qu’il fit l’acquisition de l’herbier de Georges Rouy, journaliste parisien auteur d’une Flore de France réputée à la fin du XIXe siècle. Entretenu par une dizaine d’employés, l’herbier de Roland Bonaparte a tout d’abord été hébergé dans sa propriété de Saint- Cloud, puis fut déménagé dans le fastueux palace parisien qu’il fit construire en 1896 avenue d’Iéna, où la collection occupait plusieurs galeries. À […]

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