Les vallées de la Grand-Pierre et de la Cisse

Anémones pulsatilles (Pulsatilla vulgaris). Photo : Renaud Genix/CDPNE

Un îlot de biodiversité au cœur de la Petite Beauce Dans le Loir-et-Cher, où les cultures intensives occupent une large part du territoire, la confluence entre les vallées de la Grand-Pierre et de la Cisse recèle un espace naturel préservé contenant une mosaïque de milieux naturels variés. Parmi eux, les rares pelouses calcicoles, refuge de nombreuses espèces animales et végétales, sont protégées et font l’objet d’une gestion concertée. Texte : Blandine Cassagne, conservatrice de sites, Angélique Vallée, directrice du comité départemental de la protection de la nature et de l’environnement de Loir-et-Cher Texte publié initialement dans Le Courrier de la Nature n° 315, mars-avril 2019 À dix kilomètres au nord de Blois, la Réserve naturelle nationale des vallées de la Grand-Pierre et de Vitain contraste fortement avec les cultures intensives du plateau de la région naturelle de la Petite Beauce. Ce territoire de 296 ha, sur les communes d’Averdon et de Marolles, est situé à la confluence de la vallée de la Grand- Pierre, aujourd’hui vallée sèche, et celle de la Cisse, petite rivière de plaine de faible altitude, qui traverse les terres de Vitain. Sur les plateaux et hauts de versants se développe la végétation calcicole sèche typique des dalles calcaires, et des pelouses et des ourlets ponctués çà et là de genévriers, ainsi que des chênaies-charmaies et chênaies à buis. Dans le fond du vallon, le long de la Cisse, s’expriment des boisements humides et des mégaphorbiaies (formations constituées de hautes herbes). Cela confère à la réserve un intérêt tout particulier du point de vue paysager, mais aussi écologique et biologique. Située en zone de grandes cultures, elle joue le rôle crucial d’espace témoin et relictuel pour la flore et la faune de la Beauce. Il s’agit aussi d’un espace-corridor entre Beauce et Val-de-Loire. Une mosaïque d’habitats, refuge de nombreuses espèces Créée par décret ministériel du 23 août 1979 pour son intérêt écologique, la Réserve naturelle nationale des vallées de la Grand- Pierre et de Vitain fait partie intégrante, depuis 2003, du site Natura 2000 « Vallée de la Cisse en amont de Saint Lubin ». Ces deux protections réglementaires fortes furent mises en place dans le but de préserver en l’état des milieux protégés au niveau européen. Ainsi, près de 20 % de la surface du site sont constitués d’écosystèmes d’intérêt européen : pelouses calcicoles, parois et dalles rocheuses, peuplements de genévriers, mégaphorbiaies mésotrophes et eutrophes, rivière eutrophe à cours lent et végétation immergée. La diversité des milieux naturels sur le territoire de la réserve tient à l’existence de multiples gradients : l’humidité (du marais aux pelouses sèches), l’exposition (versants de vallées à orientations variées), ainsi que la diversité des sols (du bord des falaises à nu aux sols fertiles et épais des fonds de vallons). Cette multitude d’habitats est le refuge d’une grande diversité d’espèces animales et végétales : 2 976 taxons y ont été recensés depuis 1979, dont 6 à 7 % sont d’intérêt patrimonial. Les suivis et inventaires naturalistes réalisés sur la réserve depuis plus de quarante ans ont permis d’acquérir des connaissances sur de nombreux groupes taxonomiques. La plus grande diversité concerne la faune avec notamment 978 espèces d’insectes et 225 espèces d’araignées. Les espèces animales patrimoniales y sont nombreuses ; on peut citer le criquet des rocailles (Omocestus petraeus), l’agrion de mercure (Coenagrion mercuriale), l’araignée Trochosa spinipalpis (inscrite sur la liste SCAP), l’escargot Vertigo angustior, et le campagnol amphibie (Arvicola sapidus). S’ensuit la flore vasculaire avec 433 taxons, dont 36 d’intérêt patrimonial. On y recense l’euphraise de Jaubert (Odontites jaubertianus), l’anémone pulsatille (Anemone pulsatilla), et l’orchis brûlé (Neotinea ustulata). Concernant la flore non vasculaire, la réactualisation des inventaires en 2017 a permis de recenser 166 taxons de bryophytes, dont 35 patrimoniaux. Parmi eux la mousse Cololejeunea rossettiana est protégée régionalement. Les lichens font aussi l’objet d’inventaires depuis 1980. Sur la réserve, 313 taxons sont connus, dont une cinquantaine sont patrimoniaux. Les pelouses calcicoles : un patrimoine d’intérêt européen L’écosystème emblématique de la réserve est celui des pelouses calcicoles. Elles s’épanouissent le plus souvent sur le flanc sud des coteaux, là où le sol est peu épais, sur une roche calcaire parcourue de nombreuses fissures, très poreuse, ne retenant pas l’eau. Les plantes qui s’y développent supportent des conditions quasi-steppiques : chaleur, aridité, pauvreté en éléments nutritifs disponibles pour les espèces végétales (azote, phosphore). Pas étonnant d’y trouver certaines espèces que l’on rencontre plus communément dans le sud de la France, sous un climat méditerranéen ou encore montagnard ! Là où le sol est le plus mince et la sécheresse la plus stricte, apparaissent des plantes grasses, tels les orpins âcres (Sedum acre) et blancs (S. album), des mousses et lichens qui colorent de jaune et rouge la pelouse entrecoupée des formes claires des dalles calcaires. On y trouve aussi l’hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum), la cotonnière dressée […]

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