Les mammifères
Les chiroptères à Grand-Lieu
Au fil des études, la connaissance sur ces mammifères au mode de vie strictement nocturne et discret s’est largement étoffée apportant la confirmation que :
– le lac assure l’alimentation de ces insectivores menacés,
– les chauves-souris se répartissent sur le lac en fonction des habitats.
A noter que :
– la diversité d’espèces est maximale en bordure de lac, en particulier à l’interface entre les bois et la zone d’inondation, tandis que,
– le nombre d’individus est maximal sur la zone centrale en eau (en quête de nourriture dans les herbiers de nénuphars et en bordure de roselière).
Le lac de Grand-Lieu constitue un site majeur au niveau régional pour l’alimentation des chauves-souris, notamment pour :
-la Noctule commune (espèce vulnérable en Pays de la Loire et en France),
-la Pipistrelle commune, de Nathusius et de Kuhl,
-le Murin de Daubenton (espèce quasi-menacée en Pays de la Loire).

Des suivis réalisés à l’aide de matériel toujours plus performant
La SNPN réalise depuis 2019 au suivi de routine dans le cadre du programme Vigie-Chiros du Muséum d’histoire naturelle. En complément, une étude basée sur l’utilisation de nouveaux enregistreurs passifs d’ultra-sons (autonomes et programmables), beaucoup plus puissants que les précédents, a été réalisée en 2019.
Ces nouveaux détecteurs ultra-performants ont permis de contacter 19 espèces de chiroptères, parmi lesquelles 6 nouveaux taxons, à savoir le Murins de Bechstein – Myotis bechsteinii, le Murin à oreilles échancrées – Myotis emarginatus, le Murin d’Alcathoé – Myotis alcathoe, la Noctule de Leisler – Nyctalus leisleri, la Pipistrelle pygmée – Pipistrellus pygmaeus (très rare en Loire-Atlantique) et la Grande noctule – Nyctalus lasiopterus (première mention départementale).
Rapport d’étude de mars 2021 sur les chiroptères du lac de Grand-Lieu
En 2021, deux nouvelles espèces détectées :
- la Sérotine de Nilsson – Eptesicus nilssonii, mentionnée uniquement pour la 2e fois au niveau régional,
- le Vespertilion bicolore – Vespertilio murinus, considéré rare en Pays de la Loire.
Les autres mammifères
Les mammifères présents sur le lac sont par nature plutôt discrets et/ou nocturnes, rendant leur recensement complexe. Peu de suivis ont été menés ainsi la connaissance actuelle porte essentiellement sur des inventaires. A ce jour, 33 espèces de mammifères (autres que les chiroptères) ont été contactées à Grand-Lieu. Parmi les 26 espèces contactées dans le périmètre de la Réserve naturelle nationale, 50 % se cantonne sur le seul secteur terrestre situé au nord du lac au niveau de La Chaussée, à Bouaye.
Sont présents dans la Réserve naturelle :
- La Loutre d’Europe – Lutra lutra – Elle est considérée quasi-menacée à l’échelle régionale, européenne et mondiale et fait l’objet d’un Plan National d’Action. Des individus et des épreintes (crottes) sont ponctuellement observés par les pêcheurs et le gestionnaire. Deux Loutres ont été trouvées mortes en 2021. Les analyses ont révélé, qu’il s’agissait de deux individus en bon, état corporel. Leur mortalité est très probablement liée aux cyanotoxines (produites par les cyanobactéries) ou au botulisme. Des concentrations importantes de cyanotoxines ont été retrouvées notamment dans leur foie. La bactérie productrice du botulisme a également été retrouvée dans les analyses effectuées.
- Le Sanglier – Sus scrofa – rare jusqu’en 2010 dans la Réserve, ses effectifs ont régulièrement augmenté.

Les sangliers ont un impact à la fois positif et négatif sur les habitats et les espèces. Par exemple :
– leur présence dans les prairies inondables au printemps dérange les oiseaux d’eau en période de reproduction, réduisant le succès reproducteur de ceux-ci. De plus, des scènes de prédation d’œufs de canards et de limicoles ont été observées.
+ leur action de piétinement et de labour des sols sur certains secteurs prairiaux, remet à nu des parcelle et permet à des graines enfouies de remonter en surface.
+ la consommation des cadavres, limite la propagation du botulisme
– le piétinement et la consommation de végétaux participent à la dégradation de la roselière.
Afin d’assurer une cohérence avec les activités de chasse organisées à plus grande échelle, des actions de piégeage sont menées en hiver dans le Réserve naturelle nationale, dans le cadre d’un arrêté préfectoral. Le lieutenant de louveterie met en œuvre cette action de régulation avec le gestionnaire.
- La Crossope aquatique – Neomys fodiens – espèce contacté régulièrement dans les roselières lors des activités de baguage des oiseaux en été et dont des ossements ont été trouvés à plusieurs reprises dans des pelotes de réjection de Chouette Effraie – Tyto alba. Les dernières prospections menées en 2022/2023 n’ont en revanche pas permis de relever sa présence.
- Le Campagnol amphibie – Arvicola sapidus – cette espèce semble bien présente à Grand-Lieu malgré son statut quasi-menacé au niveau française, vulnérable en européenne et dans le monde. Des individus et des indices de présence (crottiers, coulées…) sont régulièrement observés sur les berges riches en végétation. En hiver il semble trouver refuge préférentiellement dans les zones flottantes à grands carex.
Campagnol amphibie ©Boris Varry
Deux mammifères, exotiques et envahissants, sont impliqués dans la dégradation de la roselière :
- Le Ragondin – Myocastor coypus – originaire d’Amérique du Sud, il est bien implanté à Grand-Lieu. Brouteur très efficace, il a aussi contribué à la quasi-disparition des stations des Scirpes lacustres – Schoenoplectus lacustris et des Typhas à feuilles étroites – Typha angustifolia alors que plusieurs dizaines d’hectares étaient présentes sur la partie centrale du lac dans les années 1980.
- Le Rat musqué – Ondatra zibethicus – originaire d’Amérique du Nord. Bien que moins abondant que le ragondin, il est aussi bien implanté sur le lac. Il dégrade la roselière lors de la confection de ses huttes.
Ces deux espèces font chaque année l’objet d’un piégeage durant 3 mois en hiver.