Etat des lieux sur la crise de botulisme / RNN Lac de Grand-Lieu / été 2025

La limitation de la propagation du botulisme par la surveillance et le ramassage des oiseaux morts ou intoxiqués est une action menée par la Société Nationale de Protection de la Nature dans le cadre du plan de gestion de la Réserve naturelle nationale du lac de Grand-Lieu depuis 2002.

L’objectif de cette action est d’enrayer ou ralentir l’épizootie* de botulisme qui démarre souvent dès les premières fortes chaleurs en juillet et peut se prolonger pendant tout l’été. Les prospections quasi quotidiennes se font en hydroglisseur dans les herbiers de nénuphars ou sur les bords du lac afin d’évacuer les oiseaux d’eau affectés ou morts.

Mais au fait, qu’est-ce que le botulisme ?

il s’agit d’une affection neurologique grave, pouvant induire des paralysies puis la mort des oiseaux. Le responsable de cette affection étant une toxine produite par la bactérie Clostridium botulinum.

Le ramassage régulier des cadavres constitue le seul mode d’action pour limiter la propagation cette épizootie : un cadavre laissé en place constitue en effet un foyer supplémentaire de contamination, via notamment les insectes qui s’y développent. Ces épizooties sont chroniques à Grand-Lieu, avec une mortalité variable selon les années. La plupart des années, la mortalité concerne au plus quelques centaines d’oiseaux, principalement des Canards colverts, secondairement des mouettes et quelques autres espèces.

Cependant, cette année, la crise de botulisme, sans précédent sur le lac de Grand Lieu depuis 1995  et en Brière, défraye la chronique. 

Bilan annuel de l’action au 13 août 2025

Cette année, les tournées de surveillance ont débuté le 27 juin afin de prélever les individus morts ou très affaiblis.

Le nombre total d’oiseaux ramassés est de 2000. Soit environ :

  • 85 % de canard colvert
  • 14 % de mouette, cormoran, canard souchet et foulque macroule
  • 1 % d’autres espèces (guifette moustac, aigrette garzette, héron cendré, cygne tuberculé, spatule blanche, goélands…)

Tout le mois de juillet a été marqué par une période de forte mortalité (jusqu’à 200 oiseaux ramassés par jour lors de la troisième semaine de juillet).

La baisse de la mortalité  a été amorcé seulement début août (avec moins de 30 oiseaux morts par jour début août,  puis 5-10 par jour à la mi-août).

Les individus morts sont envoyé à l’équarrissage tandis que quelques oiseaux protégés affaiblis, sont envoyés au centre de soin Faunalis (moins de 10 individus).

Eléments d’analyse

La période de forte propagation du botulisme peut être liée à 4 facteurs :

  • La période de mue du canard colvert. En mue, les canards colverts de la région se concentrent sur Grand-Lieu (jusqu’à 11500 sont comptés à la fin-juin). Ces canards sont affaiblis par la dépense énergétique consacrée à la mue et sont incapables de voler. A noter la population locale de Canards colverts est composée en grande partie d’individus issus d’élevage à des fins cynégétiques depuis des décennies et que la propagation du botulisme est rapide parmi ces individus regroupés (non volants).
  • La période de forte chaleur.
  • La période marquée par le phénomène d’hyper-eutrophisation** de l’eau lié à la pollution par l’azote et le phosphore en provenance du bassin versant.
  • Le niveau d’eau du lac compris entre 1,55 et 1,70 (cote busay). La mortalité étant généralement très faible au-dessus et en dessous de cette fourchette.

(La propagation du botulisme semble conditionnée par les éléments de saison de l’année en cours. Cependant la météo et les niveaux d’eau des années précédentes pourraient aussi avoir leur influence. Par exemple, en dessous de la cote 1,55, plus de vasières sont à nu, exondées et la minéralisation de la matière organique peut se faire. En 2024, ce niveau bas n’a pas été atteint)

Il apparait que la baisse de la propagation à partir de début août correspond

  • Au passage sous la cote 1,55
  • A la baisse des températures
  • A la fin de période de mue du canard colvert

Au regard de ces élément, la gestion du lac de Grand-Lieu ne peut se faire qu’au travers du prisme de la gestion des épidémies de botulisme. Notre objectif de gestionnaire de réserve naturelle étant globalement la conservation des espèces et des habitats.

* Epizootie : Épidémie qui frappe les animaux.

 **Le phénomène d’eutrophisation : Chaque été, on assiste à des phases de quasi-absence d’oxygène dans le fond du lac de Grand-Lieu et à une faible transparence de l’eau. En cause, l’excès d’azote et de phosphore, issus des engrais et des eaux usées domestiques ou d’élevages, qui ruissellent jusqu’au lac et engendrent dès le mois de mars et parfois jusqu’en novembre une modification de la composition de l’eau, des proliférations de microalgues et cyanobactéries potentiellement toxiques pour la faune et les êtres humains. Ces changements ont engendré, depuis de plusieurs années, la disparition végétation aquatique immergée (par manque de lumière) avec des effets en cascades sur l’ensemble des communautés animales. La disparition de sites de pontes pour les amphibiens et les insectes aquatiques, le manque d’oxygène pour les macro-invertébrés dans les sédiments, la diminution des prédateurs tels que les brochets qui chassent à vue sont une réalité à Grand-Lieu.

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