Symposium sur la biodiversité et les néonicotinoïdes

Le 1er septembre dernier a pris effet l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes inscrite dans la loi « biodiversité » de 2016. Cette mesure fait de la France un modèle en matière de la protection de la biodiversité pour le monde entier. Et un modèle imité puisque que l’Union Européenne, la Suisse, le Canada, le Belize et les Philippines prennent actuellement des mesures qui suivent celles de la France.

Avec différents partenaires internationaux issus de leurs réseaux scientifiques, la Société nationale de protection de la nature et la Task Force on Systemic Pesticides de l’UICN, organisent le 20 septembre à l’Assemblée Nationale un symposium réunissant les plus grands spécialistes internationaux sur les néonicotinoïdes, dont les échanges sont articulés en trois parties :

  • Apports récents de la recherche sur les effets de ces pesticides sur la biodiversité
  • Problèmes émergents des néonicotinoïdes et de la santé publique
  • Résultats de recherches concernant les solutions alternatives

Ce symposium présente notamment le programme de recherche pluriannuel, porté notamment par la SNPN, et qui vient d’être lancé en lien avec le laboratoire allemand de Krefeld et qui consiste à monitorer l’évolution de la biomasse des insectes volants en France métropolitaine.

Programme du symposium du 20 septembre

Communiqué de presse « biodiversité et les néonicotinoïdes », du 20 septembre 2018

Les insecticides néonicotinoïdes constituent avec certitude une des pires menaces pour la biodiversité planétaire : pour enrayer la catastrophe écologique en cours, il est impératif de les interdire définitivement, dès maintenant, en Europe et dans le monde.

Cette petite famille d’insecticides neurotoxiques est parmi la plus redoutable jamais synthétisée par suite de l’importance et l’étendue de leurs propriétés biocides. Utilisés de manière préventive, les néonicotinoïdes représentent près de 40% du marché mondial. Ils sont très persistants dans l’environnement, qu’ils contaminent largement (plantes, air, sols, eaux) en empoisonnant tous les invertébrés. De plus ils ont des conséquences funestes sur notre santé[1].

En dépit des alertes lancées depuis plus de vingt ans par la communauté scientifique des experts sans conflit d’intérêt, les quantités de ces insecticides n’ont cessé d’augmenter[2], alors que les chercheurs accumulaient les preuves de leur toxicité et de leurs impacts aussi graves qu’inacceptables sur les écosystèmes[3]. L’effondrement des trois quarts de la biomasse des insectes volants en 27 ans atteste de la catastrophe en cours[4]. La menace sur la pollinisation des trois quarts des espèces cultivées qui font la diversité de notre alimentation n’est qu’un exemple immédiat de ces impacts. La raréfaction des insectes a déjà généré la disparition d’un tiers de nos oiseaux des champs[5].

La France occupe une position courageuse sur ce sujet car, d’une part elle est à l’origine d’une prise de conscience scientifique mondiale et, d’autre part elle s’affirme comme précurseur en matière d’interdiction de ces substances.

Un groupe de travail regroupant une soixantaine de scientifiques internationaux de renom, qui représentent 23 nationalités et 4 continents : la Task Force on Systemic Pesticides (www.tfsp.info/fr/), a été mandaté par une résolution de l’assemblée générale de l’UICN en septembre 2012[6], et oeuvre depuis pour améliorer et diffuser les connaissances scientifiques sans conflit d’intérêt sur cette question. 

La France a pris une position pionnière pour la sauvegarde de la biodiversité planétaire avec la loi pour la reconquête de la biodiversité et un amendement interdisant les néonicotinoïdes à compter du 1er septembre 2018, en protégeant ainsi la santé des consommateurs et la biodiversité. 

La France a toute légitimité pour être un moteur européen et international sur cette question, et ainsi conduire d’autres pays à suivre son bon exemple et à interdire les pesticides néonicotinoïdes, tout en développant l’usage des alternatives non-chimiques (qui existent) et en accompagnant l’essor d’une agriculture de qualité respectueuse de la santé humaine et de l’environnement.

[1] Cimino et al, 2016, doi: 10.1289/EHP515.

[2] Douglas & Tooker, 2015, doi: 10.1021/es506141g.

[3] Simon-Delso et al, 2015, doi: 10.1007/s11356-014-3470-y.

[4] Hallmann et al, 2017, doi: 10.1371/journal.pone.0185809.

[5] Études CNRS & MNHMN, 2018.

[6] The mandate of the Task Force on Systemic Pesticides (TFSP) has been set by IUCN Resolution WCC-2012-Res-137: Support for a comprehensive scientific review of the impact on global biodiversity of systemic pesticides by the joint task force of the IUCN Species Survival Commission (SSC) and the IUCN Commission on Ecosystem Management (CEM), adopted by the Members’ Assembly of the IUCN in Jeju, Korea, in September 2012: “to carry out a comprehensive, objective, scientific review and assessment of the impact of systemic pesticides on biodiversity, and on the basis of the results of this review to make any recommendations that might be needed with regard to risk management procedures, governmental approval of new pesticides, and any other relevant issues that should be brought to the attention of decision makers, policy developers and society in general”.