Suivi des anguilles argentées à Grand-Lieu

Une étude menée il y a quelques années (cf. Courrier de la Nature n°293) associant notamment le Muséum National d’Histoire Naturelle et les pêcheurs professionnels du Lac de Grand-Lieu, soulignait l’importance du site pour l’anguille et notamment sa « production » en anguille mature, dite « argentée », prête à partir en migration pour la reproduction en mer des Sargasses. Cette étude avait également confirmé les grandes difficultés pour ces anguilles à sortir du lac :

– du fait de la configuration même du lac et de sa taille : les signaux (courant) sont tellement tamponnés que les anguilles prospectent en tous sens avant de trouver le chemin de la sortie ;

– du fait du vannage en sortie de lac : une anguille ne peut bien sûr pas sortir si les vannes sont fermées. L’étude montrait également que les anguilles argentées ne peuvent pas s’échapper s’il y a une trop faible ouverture d’une vanne (en dessous de 50 à 60 cm d’ouverture).

Fort de ces constats, un travail d’amélioration de la gestion du vannage à l’automne a été entrepris en lien avec l’administration et les parties prenantes de la gestion des niveaux d’eau du lac. Il aboutit, une fois les conditions hydrométéorologiques réunies, à une ouverture plus importante du vannage. Celles-ci sont complexes à réaliser : certains acteurs veulent voir les eaux du lac monter substantiellement avant d’accepter une ouverture du vannage et les conditions de sécheresse automnales que nous rencontrons depuis quelques années ne facilitent pas les manœuvres d’ouvrage spécifiques à l’anguille. En 2018, on a pu obtenir moins d’une semaine d’ouverture substantielle du vannage sur un des premiers épisodes de gonflement du lac significatif.

Hydrophone Est-ce suffisant pour permettre un échappement significatif des anguilles argentées ? Si ce n’est pas le cas, les ouvertures suivantes sont-elles efficaces ?

C’est la réponse à ces questions que nous tentons d’obtenir en remettant en place en 2019 un nouveau suivi des anguilles argentées de Grand-Lieu. Grâce au soutien de la DREAL des Pays de la Loire (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) et du Syndicat de bassin versant de Grand-Lieu, La SNPN a reconduit et coordonné un suivi similaire à celui de 2014-2016. Il consiste à équiper un lot d’anguilles (80 individus) de petits émetteurs. Une fois que nous les relâchons, nous suivons ces anguilles individuellement grâce à un réseau d’hydrophones disposés en sortie de Lac (de part et d’autres du vannage). Au terme de la saison de suivi, nous pourrons ainsi connaître le nombre d’anguilles qui auront pu s’échapper du lac. La collaboration des pêcheurs professionnels permet à la fois la capture des anguilles qui vont être marquées et également de connaître  le taux de capture des anguilles équipées par les pêcheurs. Le muséum national d’Histoire naturelle (station de biologie marine de Dinard, centre de recherche et d’enseignement sur les systèmes côtiers) apporte une contribution majeure à l’étude : matériel de suivi, équipement des anguilles…

Les progrès technologiques et la miniaturisation des émetteurs vont permettre d’équiper des anguilles mâles (plus petits que les femelles) qui représentent la très grande majorité des anguilles argentées « produites » sur Grand-Lieu. Nous marquerons ainsi 40 mâles et 40 femelles. Nous avons réalisé deux premières opérations de marquage en octobre.

Il ne reste plus qu’à attendre une pluviométrie suffisante et une hausse significative des niveaux d’eau du lac qui permettront une première ouverture du vannage et, nous l’espérons, enregistrer les premiers départs des anguilles marquées.