Restauration : Sur la steppe de la Crau, les fourmis font-elles mieux que l’humain ?

Les fourmis (Messor sp.) réintroduites sur le site de la Crau ont contribué à la restauration du sol. Photo : Tania Almeida/IMBE

Texte : Thierry Dutoit*, Adeline Bulot *, **, Tania De Almeida*, Olivier Blight * * Institut méditerranéen de biodiversité et écologie, UMR CNRS-IRD, AMU-AU, IUT Avignon ** Biodiversité agroécologie et aménagement du paysage, UMR BAGAP, INRAE, Agrocampus Ouest, École supérieure d’agriculture d’Angers Texte publié initialement dans Le Courrier de la Nature n° 332, janvier-février 2022 Il y a déjà plus de 12 ans, le 7 août 2009, plusieurs millions de litres d’hydrocarbures (4 700 000 L) se déversaient en plein centre de la Réserve naturelle nationale des coussouls de Crau, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, à la suite de la rupture accidentelle d’un oléoduc. Environ 5 ha d’un écosystème de pelouse méditerranéenne de type steppique, considéré comme unique au monde et abritant de nombreuses espèces dont certaines rares et protégées, furent détruits ce jour-là. Même si aucune victime humaine directe ou indirecte ne fut à déplorer, cet accident marqua fortement les gestionnaires de cet espace naturel car il nécessita l’installation d’un chantier considérable pour réparer la canalisation endommagée, excaver et évacuer 74 000 tonnes de sol pollué dans une décharge spécialisée, installer une station de dépollution de la nappe phréatique puis, enfin, restaurer les espaces détruits par la fuite d’hydrocarbures mais aussi les dégradations supplémentaires (3,5 ha environ) entraînées par le chantier. Après les phases de réparation et de dépollution du site, différentes techniques de restauration de l’habitat furent mises en place en 2011 par l’Institut méditerranéen de biodiversité et écologie : une à trois couches de sol ont été prélevées dans une carrière proche et transférées sur le site afin de tester leur reconstitution verticale. Là où les trois couches ont été reconstituées comme dans le sol de la steppe de référence encore présente autour du lieu de l’accident, des reines fondatrices d’une fourmi moissonneuse du genre Messor, principalement granivores, ont été implantées pour compléter le protocole de restauration. Ces opérations ont montré des résultats encourageants dès les premières années ; qu’en est-il cependant aujourd’hui, à moyen terme, alors que les zones réhabilitées ont été rendues au pâturage ovin traditionnel depuis le démontage de la station de dépollution et le retrait des clôtures en juillet 2014 ? Des traitements de génie civil sur la bonne voie Entre 2011 et 2020, les suivis de la végétation montrent que les différences entre la richesse en espèces mesurée dans les différentes zones s’estompent progressivement alors qu’elles étaient très marquées avant la réintroduction du pâturage ovin. […]

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