Quels impacts sur la morue polaire en Arctique ?

Morues polaires (Boreogadus saida).

Texte : Caroline Bouchard, chercheuse senior au centre de recherche groenlandais sur le climat, à l’Institut groenlandais des ressources naturelles, Pinngortitaleriffik,Groenland Texte publié initialement dans Le Courrier de la Nature n° 336, mars 2023. Alors que la crise climatique s’aggrave, les yeux se tournent de plus en plus vers l’Arctique où des changements extrêmes affectent les écosystèmes et les populations. La survie de plusieurs espèces emblématiques de l’Arctique dépend plus ou moins directement de la morue polaire (Boreogadus saida), poisson pélagique de la taille d’une sardine. Notamment, le narval (Monodon monoceros), le béluga (Delphinapterus leucas) et de nombreux oiseaux marins dont le guillemot de Brünnich (Uria lomvia), la mouette tridactyle (Rissa tridactyla) et le fulmar boréal (Fulmarus glacialis), dépendent fortement de la morue polaire pour ingérer l’énergie et le gras nécessaire à leur survie dans les eaux froides de l’Arctique. Qui plus est, l’ours polaire (Ursus maritimus) est très spécialisé dans la chasse au phoque annelé (Pusa hispida), qui lui-même se nourrit principalement de morue polaire. Dans plusieurs régions, on observe un remplacement de la morue polaire par des espèces boréales telles que le capelan (Mallotus villosus) et le lançon (Ammodytes spp.) comme principaux poissons fourrages. Comme ces espèces boréales ont une valeur nutritive plus faible, on assiste à des effets négatifs pour certains mammifères et oiseaux marins dont le régime alimentaire est bouleversé. Un déclin des populations de morue polaire pourrait avoir d’importantes implications sociétales puisque ses prédateurs servent les communautés arctiques de plusieurs manières, notamment par la chasse traditionnelle et l’écotourisme, sans compter la valeur culturelle et spirituelle de ces animaux. Des œufs dans l’eau chaude J’étudie la morue polaire depuis près de vingt ans. Depuis ma maîtrise à l’université Laval, je parcours les mers arctiques pour récolter des larves de cette espèce, un des stades les plus sensibles aux changements climatiques, avec les œufs. En effet, au-dessus de 3 °C, la plupart des œufs n’éclosent pas. Au-dessus de 5 °C, les larves ont une petite taille à l’éclosion et sont très sensibles à […]

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