Les mangoustes : Une famille à la diversité méconnue

La mangouste naine est une espèce africaine et sociale de petite taille. Photo : Laurent Vallotton

La famille des mangoustes compte 34 espèces, présentes en Afrique et en Asie dans des habitats très variés, de la savane à la forêt tropicale. De la structure sociale complexe des suricates et des mangues rayées, à la vie solitaire des mangoustes à queue courte, cette famille de petits carnivores réserve bien des surprises. Texte : Géraldine Veron, professeure du Muséum national d’histoire naturelle, Institut de systématique, évolution, biodiversité (UMR 7205 CNRS, MNHN, Sorbonne Université, EPHE, Université des Antilles), Andrew Paul Jennings, chercheur indépendant, Small Carnivore Research and Conservation, Vivien Louppe, doctorant du MNHN, Institut de systématique, évolution, biodiversité, Emmanuel Do Linh San, professeur associé, Département de zoologie et d’entomologie, Université de Fort Hare, Afrique du Sud Photos : Laurent Vallotton, Emmanuel Do Linh San, Kalyan Varma Texte publié initialement dans Le Courrier de la Nature n° 323, juillet-août 2020 Les mangoustes sont des carnivores de petite taille, au museau pointu, aux petites oreilles, aux pattes plutôt courtes, et avec une queue le plus souvent effilée. Leur pelage est, en général, plutôt uniforme avec un aspect bringé, venant du fait que les poils sont annelés. Les mangoustes sont classées au sein du sous-ordre des féliformes, au côté des félidés, viverridés (civettes, genettes, binturong, etc.), prionodontidés (linsangs asiatiques), nandiniidés (civette palmiste africaine), hyénidés (hyènes, protèle) et eupléridés (mangoustes malgaches, civette fossane, fossa et euplère). La famille des mangoustes, les herpestidés, comporte aujourd’hui 34 espèces, dont 25 vivent en Afrique et neuf en Asie . Présentant une paire de dents carnassières de chaque côté de la mâchoire, les herpestidés appartiennent à l’ordre des carnivores. Leurs plus proches parents sont les eupléridés (des carnivores endémiques de Madagascar), dont ils se seraient séparés il y a environ une vingtaine de millions d’années . Les plus proches parents de ces deux familles sont les hyénidés. Les mangoustes, les carnivores malgaches et les hyènes ont en commun d’avoir une poche située autour de l’anus dans laquelle débouchent des glandes qui produisent une sécrétion odorante, utilisée pour marquer le territoire, et sans doute pour d’autres fonctions encore méconnues. La famille des herpestidés est scindée en deux sous-familles : les herpestinés (23 espèces) et les mungotinés (11 espèces). La première regroupe des mangoustes solitaires, d’assez grande taille, alors que les espèces de la seconde sous-famille sont petites et sociales. Une famille de l’ancien monde Le plus ancien fossile de mangouste serait celui de Leptoplesictis, dont les restes ont été trouvés au Kenya, datés de 17,9 millions d’années. Cette mangouste vivait donc dès le Miocène inférieur en Afrique, mais a été trouvée aussi en Europe datée du Miocène moyen. Les mangoustes auraient migré durant le Miocène vers l’Asie, probablement à la faveur du réchauffement du climat, comme en attestent des fossiles trouvés au Pakistan et datés du Miocène supérieur, et les échanges entre les deux continents auraient perduré au cours du Pliocène (entre 5 et 2,5 millions d’années avant notre ère). Les modifications climatiques du Plio-Pleistocène en Afrique, avec la rétractation des forêts et l’apparition de grandes zones de savane, ont certainement contribué à la diversification des mangoustes sur ce continent. En Asie, les fluctuations climatiques ont également bouleversé les habitats mais aussi, durant les périodes glaciaires, entraîné une baisse du niveau des mers qui a permis la dispersion des espèces entre le continent et les îles actuelles de la région de la Sonde. Des espèces solitaires… Au sein des herpestinés se trouvent des mangoustes vivant en Afrique, d’assez grande taille et nocturnes : la mangouste des marais (Atilax paludinosus) et la mangouste à long museau (Xenogale naso) qui affectionnent les milieux humides ; la mangouste à queue touffue (Bdeogale crassicauda) et espèces apparentées, et leurs proches parentes, la mangouste à queue blanche (Ichneumia albicauda) – dont la queue peut néanmoins également être noire –, ainsi que les très méconnues mangouste de Selous (Paracynictis selousi) et mangouste de Meller (Rhynchogale melleri). La mangouste rouge (Galerella sanguinea) et apparentées sont quant à elles de petite taille. La mangouste d’Égypte ou mangouste ichneumon (Herpestes ichneumon), largement répartie en Afrique, est également présente dans la péninsule ibérique. Enfin, la mangouste jaune (Cynictis penicillata), souvent présentée dans les zoos, présente contraire- ment aux autres herpestinés un comportement grégaire et vit en groupes familiaux, sans toutefois pratiquer la coopération des mangoustes sociales. Sont également incluses dans cette sous-famille des herpestinés toutes les mangoustes asiatiques, dont on a récemment montré qu’elles formaient un groupe monophylétique (c’est-à-dire possédant un ancêtre commun unique). Elles sont maintenant toutes regroupées dans le genre Urva , qui comprend la mangouste à queue courte (Urva brachyura), la mangouste grise ou mangouste d’Edwards (U. edwardsii), la mangouste brune (U. fusca), la mangouste de Smith (U. smithii), et trois espèces portant une marque de chaque côté du cou : la mangouste à collier (U. semitorquata), la mangouste crabière (U. urva) et la mangouste à cou rayé (U. vitticolla). Deux autres espèces asiatiques, autrefois confondues en une seule (le plus souvent sous le nom Herpestes javanicus) sont maintenant reconnues comme deux espèces à part entière : la petite mangouste indienne (U. auropunctata) et la mangouste de Java (U. javanica). Cette distinction est importante car la petite mangouste indienne a été introduite dans de nombreuses régions du monde, et est classée parmi les « 100 pires espèces envahissantes ». … d’autres plus sociales La sous-famille des mungotinés comprend les crossarches (quatre espèces du genre Crossarchus), petites espèces sociales forestières, la rare mangouste de Dybowski (Dologale dybowskii), et les mangoustes naines (Helogale hirtula et Helogale parvula). La mangouste naine commune (H. parvula) entretient une relation étroite avec les calaos, les deux espèces se prévenant mutuellement de la présence des prédateurs. Se trouve également au sein des mungotinés la mangouste du Libéria (Liberiictis kuhni), une espèce forestière discrète, découverte seulement en 1958, vue vivante pour la première fois en 1989, et dont les relations de parenté et le mode de vie restaient un mystère jusqu’à récemment . La mangouste rayée (Mungos mungo) et le suricate (Suricata suricatta) sont à l’opposé parmi les espèces de […]

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