Le vol plané chez les mammifères

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Phalanger volant (Petaurus sp.) en Indonésie (ouest de la Nouvelle-Guinée). Photo : Anom/Adobe Stock

Des convergences adaptatives En plus du vol battu, pratiqué par la grande majorité des oiseaux et chez les mammifères par les chauves-souris, il existe un autre type de déplacement aérien : le vol plané. Si de nombreux oiseaux pratiquent les deux méthodes, le vol plané représente l’unique mode de déplacement aérien chez quatre groupes de mammifères pourtant bien éloignés ! Pourquoi et grâce à quelles adaptations ont-ils acquis cette capacité ? Texte : François Moutou Texte publié initialement dans Le Courrier de la Nature n° 330, septembre-octobre 2021 Il existe chez les vertébrés contemporains deux manières de se déplacer dans les airs : le vol battu, associé au mouvement actif et rythmé des ailes vers le haut et vers le bas, et le vol plané, utilisant la densité de l’air, les ascendances thermiques et les courants aériens, sans dépense d’énergie. Le premier n’est pratiqué que chez les oiseaux et chez les mammifères : presque tous les oiseaux volent, sauf les struthioniformes (autruches, nandous, émeus, casoars, kiwis) et les sphénisciformes (manchots), ainsi que quelques rares espèces parmi les autres ordres aviaires ; inversement, chez les mammifères, seuls les chiroptères (chauves-souris) sont capables du vol battu. Le vol plané est également bien connu chez les oiseaux – notamment chez les albatros, les grands rapaces (vautours) ou certains échassiers (grues, cigognes), y compris pour des déplacements migratoires. De nombreuses espèces utilisent ainsi les deux méthodes, mais, pratiquement, aucune espèce d’oiseau n’utilise que le vol plané. Ce n’est pas le cas des mammifères, chez lesquels quatre groupes différents ne volent qu’en planant. Toujours chez les vertébrés, les poissons volants des océans sont célèbres pour leurs glissades au-dessus des vagues, et certains grands reptiles du mésozoïque devaient planer. On peut encore citer, dans les forêts tropicales asiatiques, des lézards « volants », voire des serpents ou des grenouilles planantes. Cependant leurs adaptations respectives sont assez éloignées de celles observées actuellement chez les représentants des quatre groupes de mammifères pratiquant le vol plané : les phalangers « volants », les galéopithèques (ou colugos), les écureuils « volants » et les anomalures. Les phalangers sont des marsupiaux de l’ordre des diprotodontes propres à la région australienne. Les galéopithèques ne comptent que deux espèces, qui forment à elles seules l’ordre très original des dermoptères, présents sur la péninsule malaise, les régions continentales proches, les îles de la Sonde et une partie des Philip- pines. Les écureuils volants habitent l’Amérique du Nord, l’Eurasie boréale et sont bien représentés en Asie tropicale. Les anomalures (famille des anomaluridés), une autre famille de rongeurs, ne se rencontrent qu’en Afrique, dans les zones forestières occidentales et centrales du continent. Les aires de répartition des deux espèces de dermoptères ne se recoupent pas, mais chacune cohabite avec des espèces d’écureuils volants. Plusieurs espèces de phalangers volants (région australienne), d’anomalures (Afrique subsaharienne), comme d’écureuils volants, peuvent également cohabiter dans les mêmes massifs forestiers. Les différences de taille, d’écologie et de comportement expliquent ces répartitions. Ces quatre groupes ont acquis ce mode de déplacement indépendamment les uns des autres. Il n’en demeure pas moins que, par convergence adaptative, ils partagent certains points communs. Phalangers « volants » Les seuls marsupiaux planants appartiennent tous à l’ordre des diprotodontes, comme les kangourous. Ils sont répartis en trois familles, les pseudochéiridés (sous-famille des hémibélidéinés comprenant trois espèces du genre Petauroides, les plus grands), les pétauridés (sous-famille des pétaurinés, avec 6 espèces du genre Petaurus, de taille un peu inférieure) et les acrobatidés avec deux espèces du genre Acrobates, les plus petits. Le grand phalanger volant (P. volans) peut atteindre 1,5 kg alors que le pétauriste pygmée (A. pygmaeus) pèse environ 10 g. Tous habitent les forêts de l’est australien, de Nouvelle-Guinée et de quelques îles périphériques. Le détail de leur répartition insulaire n’est peut-être pas encore définitivement établi. En 2016, l’auteur de ces lignes a vu de petits Petaurus dans un centre de soins pour la faune sauvage sur l’île indonésienne de Sulawesi, où existent deux phalangers non volants, arboricoles et endémiques, mais où aucun Petaurus n’a été décrit. Pourtant les personnes interrogées sur place ont affirmé qu’ils provenaient des forêts avoisinantes. Peut-être s’agissait-il d’un malentendu, des Petaurus étant vendus comme animaux de compagnie. Leurs régimes alimentaires semblent assez spécialisés, soit folivore, soit divers exsudats végétaux, des résines ou des gommes par exemple, ou encore du pollen, du nectar, des arthropodes, des lichens. Les espèces du genre Petauroides semblent très spécialisées sur les feuilles d’eucalyptus. Dans chacune des trois familles de diprotodontes concernées, il existe des espèces sans membrane. Le vol plané est donc probablement apparu indépendamment dans ces trois familles. Le fait que l’attache et la surface relative de la membrane varient d’un genre à l’autre va dans le même sens. Le patagium relie le coude au genou chez Acrobates, le coude à la cheville chez Petauroides, alors qu’il est tendu entre la main et le pied chez les espèces du genre Petaurus. Dans tous les cas, la queue est libre. Les plus anciens fossiles connus de ces trois familles remontent à la jonction entre Oligocène et Miocène, mais comme la membrane laisse rarement de trace fossile, il est difficile de dire quand elle est apparue. Le vol plané des mammifères De nombreux mammifères arboricoles sont capables de bonds entre branches et arbres voisins. La position alors utilisée est souvent celle d’un corps horizontal en extension et aplati, les quatre membres largement écartés mais immobiles. Ils n’ont pas de muscles pectoraux particulièrement développés ni une épaule comparable à celle des chiroptères. La présence d’une membrane le long du flanc, tendue entre les membres antérieurs et postérieurs de […]

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