La réserve nationale de chasse et faune sauvage d’Orlu

La signalétique de la réserve d'Orlu s’intègre dans le paysage. Photo : Julia Gladiné Martín

Un laboratoire à ciel ouvert dans les Pyrénées ariégeoises En Occitanie, la réserve d’Orlu abrite sur plus de 4 000 ha un ensemble d’habitats et d’espèces caractéristiques du massif pyrénéen qui lui confère un fort intérêt patrimonial. Gérée par l’Office français de la biodiversité (OFB), elle permet l’étude, la protection et la gestion de la faune sauvage de montagne, et plus particulièrement de l’isard (Rupicapra pyrenaica pyrenaica) et du grand tétras (Tetrao urogallus aquitanicus). Texte : Julia Gladiné Martín, chargée de valorisation, communication et mobilisation citoyenne de la réserve, Observatoire de la montagne, Eric Buffard, conservateur de la réserve nationale de chasse et de faune sauvage d’Orlu, Office français de la biodiversité, Christophe Lhez, agent de développement de la Vallée d’Orlu, Observatoire de la montagne. Texte publié initialement dans Le Courrier de la Nature n° 330, septembre-octobre 2021 Nichée au cœur de la vallée de l’Oriège, aux confins des Pyrénées ariégeoises, en région Occitanie, la réserve nationale de chasse et de faune sauvage d’Orlu couvre un territoire d’environ 4 250 ha de haute montagne (entre 950 et 2 765 m d’altitude). La petite rivière Oriège prend sa source sur les sommets de la réserve, sur le plateau d’en Beys, et parcourt une grande vallée centrale encaissée. Les vallons de Parau et Baxouillade y débouchent, suspendus et escarpés. Les fonds des vallées, comme Gaudu ou Justiniac, occupés par des anciennes prairies de fauche, sont maintenant abandonnés, et les milieux s’y referment progressivement. La forêt qui s’étend à l’étage montagnard (entre 800 et 1500 m d’altitude) ressemble à un bataillon de hêtres droits et fins, tous de la même grosseur à l’exception de quelques hêtres centenaires de gros diamètre qui ont échappé, par oubli ou par volonté, à l’exploitation pour le charbon de bois. À partir du XVIIIe siècle, une forte augmentation de la pression pastorale ainsi que de l’intensification de la métallurgie et du charbonnage (transformant le minerai de fer en fer brut à partir du charbon de bois, les forges d’Orlu ont connu leur essor du XVIIIe jusqu’à la fin du XIXe siècle) ont transformé la hêtraie-sapinière originelle : le hêtre, plus favorable pour la production de charbon de bois et repoussant de la souche, a pris toute la place, et rares sont désormais les sapins dans la réserve. Lorsque l’on monte vers les derniers étages, les pelouses à nard (Nardus stricta) ou à fétuque gispet (Festuca eskia) et les landes se développent entre 1 600 et 2 300 m. Ces types d’habitats représentatifs du domaine alpin n’existent que dans les Pyrénées. Depuis des siècles, les vaches et les brebis y pâturent en saison estivale. Au-delà de cette altitude règne le silence des sommets, seulement rompu par le chant d’un lagopède, le vol d’un rapace passant dans les airs ou le son des éboulis qui tombent des grandes falaises. Les réserves nationales de chasse et faune sauvage Les réserves de chasse furent les premiers territoires protégés dès 1934. En 1951, ce statut évolue en réserve de chasse et faune sauvage (RCFS). Les RCFS visent à protéger les populations d’oiseaux migrateurs conformément aux engagements internationaux et les milieux naturels indispensables à la sauve- garde d’espèces menacées, à favoriser la mise au point d’outils de gestion des espèces de faune sauvage et de leurs habitats et à contribuer au développement durable de la chasse dans les territoires ruraux. La pratique de la chasse y est interdite ainsi que toute autre activité susceptible de déranger la faune sauvage. Une RCFS présentant une importance particulière (par exemple parce que les espèces présentes sont en diminution, de par l’étendue du site ou encore des études qui y sont menées) peut être constituée en réserve nationale de chasse et de faune sauvage (RNCFS). Sur ces territoires particuliers, un règlement strict permet d’encadrer les activités susceptibles de déranger la faune sauvage, comme la chasse ou la randonnée. Orlu : un réservoir d’espèces Les terrains d’Orlu furent classés réserve de chasse privée en 1943 par leur propriétaire, Maurice Burrus. En 1955, ils furent vendus à la société Cellulose d’Aquitaine afin d’être exploités pour l’usine de pâte à papier de Saint-Gaudens. En juin 1964, cette société consentit un bail de location du droit de chasse au Conseil supérieur de la chasse ; Orlu devint une réserve nationale de chasse, la réserve de Burrus, par arrêté du ministère de l’Agriculture. Elle fut enfin rachetée par le Groupement syndical forestier et pastoral d’Orlu et d’Orgeix en 1974 et rebaptisée réserve nationale de chasse d’Orlu. Elle avait alors pour but essentiel de protéger le gibier de montagne et plus particulièrement l’isard (Rupicapra pyrenaica pyrenaica) et le grand tétras (Tetrao urogallus). En raison de son fort intérêt patrimonial, elle évolua en 1998 en réserve nationale de chasse et de faune sauvage (RNCFS) et est gérée depuis 1975 par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), devenu en 2020 l’Office français de la biodiversité (OFB). En 2006, la réserve est intégralement incluse dans le réseau Natura 2000 Quérigut/Orlu. Sur ses 10 279 ha, on recense 18 espèces concernées par la directive « Oiseaux » et sept espèces animales concernées par la directive « Habitats ». Parmi les nombreux types d’habitats que compte la réserve, 26 sont d’intérêt communautaire dont 5 prioritaires. Plusieurs espèces animales présentes dans la réserve d’Orlu font l’objet de plans nationaux d’actions (PNA) : parmi les mammifères, le desman des Pyrénées (Galemys pyrenaicus), la loutre d’Europe (Lutra lutra), trois espèces de chiroptères (barbastelle d’Europe Barbastella barbastellus, petit murin Myotis blythii, petit rhinolophe Rhinolophus hipposideros), l’ours brun (Ursus arctos arctos) et le loup (Canis lupus) ; parmi les oiseaux, le gypaète barbu (Gypaetus barbatus), le grand tétras (Tetrao aquitanicus) ; enfin parmi les invertébrés, le papillon de jour azuré de la croisette (Phengaris alcon […]

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