La Forêt de Fontainebleau brûle : en tirer les vraies leçons !
À la suite de l’incendie qui a ravagé plus de 2 000 hectares dans le massif de Fontainebleau, notamment dans la forêt des Trois-Pignons, la SNPN s’associe à plusieurs organisations de protection de la nature pour interpeller les pouvoirs publics. Dans un communiqué commun, les associations demandent que cette catastrophe conduise à une évolution profonde des politiques d’aménagement, de prévention et de gestion du massif.
Un risque connu, aggravé par le dérèglement climatique
Les incendies ne sont pas nouveaux dans la forêt de Fontainebleau. Toutefois, leur fréquence, leur ampleur et leurs conséquences augmentent sous l’effet du dérèglement climatique.
Cette évolution avait été anticipée par la communauté scientifique, notamment par le Groupe régional d’expertise sur le changement climatique et la transition écologique en Île-de-France. Les associations alertent depuis plusieurs années sur l’insuffisance des moyens consacrés à la prévention, à la surveillance et à la lutte contre les incendies.
Face à l’accélération des changements climatiques et écologiques, des événements aujourd’hui présentés comme exceptionnels risquent de devenir de plus en plus fréquents. La réponse ne peut donc pas se limiter à la recherche de l’origine du feu ou à la sanction de ses responsables. Elle doit aussi interroger les choix collectifs qui ont accru la vulnérabilité du massif.
Mettre fin à l’artificialisation des lisières forestières
Au fil des années, des habitations et des infrastructures ont été construites au sein ou aux abords de la forêt. De nouveaux projets d’aménagement sont encore envisagés à proximité du massif.
Cette artificialisation fragilise les milieux naturels et réduit leur capacité à faire face aux effets du changement climatique. Elle expose également davantage les habitants et les biens aux incendies, tout en influençant les priorités d’intervention des services de secours.
La SNPN et les associations signataires demandent donc l’arrêt immédiat de l’artificialisation des sols en lisière de forêt, ainsi que le strict respect des dispositifs de protection existants, notamment le statut de forêt de protection.
Ne pas répondre à l’incendie par de nouvelles dégradations
Les associations mettent également en garde contre certaines réponses envisagées dans l’urgence. La multiplication des pistes, la création de bandes pare-feu démesurées ou la suppression systématique des milieux qualifiés de « friches » pourraient avoir des conséquences importantes sur les paysages et les écosystèmes de Fontainebleau.
Ces espaces ouverts abritent en réalité une faune et une flore remarquables, souvent menacées. De même, les pistes créées par les engins pour faciliter l’accès des secours pourraient laisser des traces durables dans certains secteurs du massif.
La Forêt de Fontainebleau n’est pas Notre-Dame de Paris. Il ne s’agit pas de la reconstruire. Il s’agit de faciliter et d’étudier, avec humilité, les conditions de sa résilience. »
Repenser la gestion forestière
L’incendie a également mis en évidence la vulnérabilité de certains secteurs dominés par des peuplements de pins sylvestres ou de pins maritimes.
Les associations appellent à privilégier une sylviculture plus diversifiée, respectueuse de la naturalité des écosystèmes. Elles demandent notamment que l’extension du réseau des réserves biologiques intégrales soit étudiée.
La plantation d’essences présentées comme plus résistantes au changement climatique, en particulier lorsqu’elles ne sont pas naturellement présentes dans le massif, ne peut constituer une réponse suffisante. Les solutions fondées sur la nature et sur le fonctionnement des écosystèmes doivent être privilégiées.
Des mesures nécessaires pour protéger durablement le massif
Dans leur communiqué, la SNPN et les associations partenaires demandent notamment :
- l’arrêt de l’artificialisation des sols aux abords de la forêt ;
- une gestion forestière diversifiée et respectueuse des écosystèmes ;
- le lancement d’une étude pluridisciplinaire sur les conséquences de l’incendie, en particulier sur la biodiversité ;
- le renforcement des moyens humains et financiers de l’Office national des forêts ;
- une meilleure prise en compte du rôle des forêts dans les politiques d’aménagement du territoire et d’adaptation au changement climatique.
Ces mesures sont également indispensables pour ne pas compromettre le projet de classement de la forêt de Fontainebleau au patrimoine mondial de l’UNESCO.
À travers cette prise de position collective, la SNPN et ses partenaires rappellent que la protection des forêts et des milieux naturels constitue l’une des réponses les plus essentielles et les plus accessibles face au dérèglement climatique. Elles se tiennent à la disposition des institutions publiques pour contribuer à une réflexion commune sur l’avenir du massif.
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