FAITES DE LA NATURE UNE SOLUTION !

Consultation Publique « Projet de décret relatif à la stratégie bas-carbone et aux budgets carbone »

Date limite de contribution : 19 février 2020

http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-de-decret-relatif-a-la-strategie-bas-a2128.html

L’essentiel :

Le projet de stratégie bas-carbone de la France est en consultation jusqu’au 19 février 2020.

Le projet actuel est hélas trop centré sur les solutions technologiques, et n’envisage les solutions vertes, naturelles, que sous un angle très réduit et fortement associé à l’exploitation de la nature : l’exploitation forestière et agricole.

Or la nature est aussi une solution fiable et souvent moins coûteuse pour capturer et stocker le carbone. En maintenant et développant les solutions fondées sur la nature pour réduire l’empreinte carbone de la France, on réduit aussi son empreinte en matière de biodiversité car on maintient, protège et développe ainsi la nature.

Vous aussi, comme la SNPN, soutenez ces solutions fondées sur la nature et en particulier celles basées sur les zones humides, et participez à la consultation publique avant le 19 février 2020, en reprenant les éléments ci-dessous qui vous conviennent (sans faire de copier-coller de notre texte pour assurer une meilleure prise en compte de votre contribution) :

http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-de-decret-relatif-a-la-strategie-bas-a2128.html (aller en bas et cliquer sur « Déposer votre commentaire »).

Parmi les éléments que vous pouvez mettre en avant :

  • Les solutions fondées sur la nature sont très efficaces et reconnues pour capter et stocker le carbone ; leur mise en place ne génère que très peu d’émission de gaz à effet de serre, contrairement aux solutions technologiques ;
  • Les zones humides, en particulier les tourbières, les récifs coralliens, les zones humides littorales (marais littoraux, mangroves) sont particulièrement efficaces pour cela ;
  • Les forêts stockent aussi le carbone dans leur sol si on maintient leur fonctionnement écologique ;
  • De même pour les prairies et d’autres écosystèmes ouverts riches en biodiversité, qu’il ne faut pas boiser inconsidérément ;
  • Les solutions fondées sur la nature sont aussi efficaces pour lutter contre les effets de la crise climatique : maintien de la qualité et des volumes d’eau, protection contre les tempêtes et les inondations, protection contre l’érosion et l’élévation du niveau de la mer, maintien de la fraicheur, etc.
  • Les solutions fondées sur la nature procurent d’importantes conséquences positives annexes à l’objectif de lutter contre le réchauffement climatique : maintien d’une biodiversité menacée, maintien de la fonctionnalité des écosystèmes et des réseaux écologiques, préservation des capacités adaptatives et évolutives de la nature, aménités environnementales,…
  • Les solutions fondées sur la nature sont moins coûteuses en argent public que les solutions technologiques ;
  • Les solutions fondées sur la nature sont un gisement d’emplois qualifiés non délocalisables.

Dans le détail :

Le projet de décret définit la stratégie nationale bas-carbone révisée, en formulant des orientations à prendre en compte dans l’ensemble des politiques publiques.

Les documents qui font l’objet de cette consultation sont : le projet de décret relatif à la stratégie bas-carbone et aux budgets carbone ; le projet de stratégie nationale bas-carbone ; le projet de résumé de la stratégie nationale bas-carbone ; le projet de rapport d’accompagnement de la stratégie nationale bas-carbone.

La Société nationale de protection de la nature (SNPN) regrette les délais très contraints de cette consultation, en particulier au vu de la densité et quantité des éléments mis à consultation.

Elle regrette que le budget carbone 2019-2023 soit revu à la hausse de 6%, contraignant alors le budget carbone 2024-2028 à un effort peu réaliste.

Elle remarque que les moyens envisagés sont pour la plupart très « techno » et semblent minimiser voire ignorer les « solutions fondées sur la nature » et l’importance des écosystèmes comme levier d’action, mis à part la plantation massive d’arbres, vu malheureusement uniquement comme un stock de carbone en fûts, exploitable ensuite par les filières industrielles ad hoc.

Si la priorité doit être donnée à la sobriété énergétique, les solutions fondées sur la nature doivent être considérées avec plus d’attention. En particulier le rôle des zones humides qui sont naturellement de puissants systèmes de stockage du carbone : ainsi une tourbière de deux mètres d’épaisseur stocke 1 400 tonnes de carbone par hectare, soit dix fois plus qu’une forêt et sur un temps nettement plus long ! L’ensemble des mares destinées à l’agriculture de par le monde stocke annuellement plus de carbone organique que l’ensemble des océans du globe. Les mares et petits lacs sont les écosystèmes les plus importants au monde pour la séquestration du carbone organique[1] !

De plus, les zones humides ont des fonctionnalités multiples qui contribuent fortement à réduire les effets à venir des changements climatiques : réservoir et refuge de biodiversité, ilots de fraicheur, lutte contre les crues, protection des sols contre l’érosion, dépollution des eaux, recharge des nappes phréatiques, maintien des rivières, rempart contre les submersions (en particulier les mangroves), fonctions sociales diverses, etc.

Depuis plus d’un siècle, en France, la majorité des zones humides ont été détruites et elles continuent à être dégradées. Entre 1990 et 2008 le stock de carbone métropolitain des tourbières a diminué de 9 % soit 13 millions de tonnes perdues (Joosten, 2009[2]). Aujourd’hui 40 % des tourbières sont dégradées au point de ne plus accumuler de carbone, leurs drainages entrainant même un relargage conséquent de CO2. Les mangroves, les marais littoraux, les récifs coralliens, les herbiers marins sont des éléments à considérer fortement également dans la stratégie nationale, de même que les sols (y compris sous forêts), les zones ouvertes non boisées (prairies, landes, garrigues, pelouses d’altitudes…).

La SNPN demande que soit considérée fortement dans le projet de décret et dans la stratégie nationale l’importance des solutions fondées sur la nature et en particulier celles liées aux zones humides (dont les tourbières, mares, zones en eau permanentes ou temporaires, zones rivulaires, etc.), en favorisant durablement leurs protection, maintien, restauration, création. Elle demande également à intégrer plus fortement le rôle des sols et des prairies et autres zones ouvertes.

La recherche et l’innovation dans ce domaine doivent être renforcées et accélérées.

Les indicateurs environnementaux proposés doivent intégrer l’évolution quantitative et qualitative des zones humides en matière de stockage et de séquestration de carbone sur le temps long.

La SNPN souligne qu’il est également important que la réduction de l’empreinte carbone de la France s’évalue aussi avec celle engendrée par la consommation de biens importés, et en particuliers lorsque la production ou le transport de ces biens détruisent ou dégradent des milieux et leurs services écosystémiques et donc altèrent les performances des solutions fondées sur la nature.

Pour en savoir plus : contact@snpn.fr

[1] Downing, J. A. (2010). Emerging global role of small lakes and ponds: little things mean a lot. Limnetica, 29(1), 0009-24

[2] Joosten H, 2009. The Global Peatland CO2 Picture Peatland status and drainage related emissions in all countries of the world. Wetlands International, Ede.