ESOD : près de 2 millions d’animaux tués chaque année, pour quels résultats ?

Un nouvel arrêté ministériel, entré en vigueur le 22 août 2026, renouvelle pour trois ans le classement des espèces indigènes dites « susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD). Renards, fouines, martres, belettes, corneilles noires, corbeaux freux, pies bavardes, étourneaux sansonnets ou geais des chênes peuvent ainsi, selon les départements où ils sont classés, être détruits en dehors des périodes de chasse.

Face au maintien de ce dispositif, la Société nationale de protection de la nature cosigne une tribune collective appelant à revoir en profondeur la gestion de ces espèces.

Une politique dont l’efficacité n’est pas démontrée

Chaque année en France, environ 1,7 million d’animaux sont tués par tir, piégeage ou déterrage au titre de leur classement comme ESOD.

Pourtant, les connaissances scientifiques disponibles remettent en cause l’efficacité de ces destructions. Une étude publiée en 2026, fondée sur sept années de données officielles, n’a trouvé aucun lien entre le nombre d’animaux détruits une année et la diminution des dégâts déclarés l’année suivante.

Le constat économique interroge également : le coût annuel des destructions est estimé entre 103 et 123 millions d’euros, contre 8 à 23 millions d’euros de dégâts déclarés.

Des espèces qui participent au fonctionnement des écosystèmes

Classer ces animaux uniquement au regard des dommages qui peuvent leur être attribués occulte aussi les nombreux services qu’ils rendent.

Le renard et les petits carnivores consomment notamment de nombreux rongeurs et contribuent ainsi à limiter les pullulations de campagnols. Les corvidés et les étourneaux se nourrissent d’insectes, de larves ou encore de limaces. Le geai des chênes, en dispersant et en enterrant des glands, participe quant à lui activement à la régénération des forêts.

Leur destruction peut donc également avoir des conséquences sur le fonctionnement des écosystèmes et les services qu’ils rendent aux activités humaines.

Prévenir les dégâts plutôt que détruire systématiquement

Le dispositif français constitue par ailleurs une exception. Un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable, comparant la France à plusieurs pays européens ainsi qu’aux États-Unis, souligne qu’aucun des pays étudiés n’a mis en place de système comparable de destruction préventive.

Ailleurs, la gestion des dommages causés par la faune sauvage repose d’abord sur la prévention et la protection des biens. L’éloignement, l’indemnisation ou, en dernier recours, la mise à mort peuvent ensuite être envisagés au cas par cas.

La SNPN appelle ainsi, aux côtés des autres signataires de cette tribune, à changer de paradigme : mieux documenter les dommages, développer les méthodes de prévention et les solutions non létales, et réserver les interventions sur les animaux aux situations où elles sont réellement nécessaires, proportionnées et efficaces.

Une évolution indispensable pour construire une coexistence durable entre les activités humaines et la faune sauvage.

Lire la tribune collective 

En savoir plus sur les espèces dites « nuisibles » (CLN n°306)


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