Le Courrier de la Nature n°321 mars – avril 2020

8.00 

Le retour à l’âge du feu ?

L’ étendue des surfaces brûlées en Australie depuis fi n 2019, le nombre de morts humaines et de maisons détruites, les chiffres autour des pertes en biodiversité, tout laisse un goût amer. Les pluies salvatrices tombées mi-janvier 2020 dans le nord-est y ont éteint les flammes, mais le sud-est brûle toujours. Il faut sans doute rapprocher ces incendies de ceux qui, ces derniers mois, ont ravagé la Californie, la Bolivie, le Brésil, la Sibérie, le Portugal, voire le sud de la France. Comme les flammes sont spectaculaires, on parle d’elles, mais les médias évoquent moins les cendres, plus discrètes mais où pourrait se cacher le phénix d’une nouvelle forêt. Il n’est donc pas toujours facile de faire un bilan factuel du phénomène et de ses conséquences. Dans tous les cas, il est trop tôt pour évaluer l’impact des incendies 2019-2020 en Australie, où 100 000 km2 ont déjà brûlé ; un tel travail se comptera en années.

Les écologues savent maintenant que le feu représente un des éléments majeurs de l’évolution des écosystèmes avec les autres phénomènes naturels très perturbateurs que sont tempêtes, cyclones, inondations, raz-demarée. Si tant est que ces écosystèmes existent encore, sont toujours fonctionnels, et donc capables de réagir. Le grand incendie de l’été 1988 dans le parc national de Yellowstone (Wyoming, aux États-Unis) est un bon exemple. Bien que plus de 3 200 km2, soit 36 % de la surface du parc, aient brûlé, la régénération qui a suivi a été extrêmement rapide et passionnante à observer. Un de nos contributeurs décrivait dans cette revue (cf. n° 308, p. 35 à 40) les séries végétales et animales qui se succèdent sur un pan de montagne alpine en quelques années après un passage de feu. Cependant, si les feux sont allumés pour remplacer les restes de forêts naturelles par des cultures ou divers aménagements, s’ils brûlent les derniers îlots laissés en libre évolution, s’ils détruisent les zones naturelles justement protégées pour leur flore et leur faune mais souvent considérées comme improductives, si le rythme auquel ils se répètent est trop élevé, et surtout si les espaces noircis ne sont pas laissés reverdir, alors le feu aura vraiment réduit en fumée l’essence du vivant. Le genre humain s’enorgueillit de maîtriser le feu depuis environ 400 000 ans, maîtrise toute relative semble-t-il en ce début de XXIe siècle. Les Anciens en faisaient un des quatre éléments avec l’air, l’eau et la terre. Aujourd’hui, faudrait-il remplacer l’Anthropocène, à peine arrivée, par le Pyrocène, le nouvel âge du feu ?

François Moutou, vice-président de la SNPN.


Dans les actualités :

Certains sujets inquiètent les écologues depuis de nombreuses années. Heureusement, petit à petit, les connaissances s’accroissent, telles les études sur les effets des pesticides sur les abeilles ; les sites et les espèces protégés sont de plus en plus nombreux : le cinquantième site Ramsar français vient ainsi d’être labellisé, tandis qu’un plan de conservation se penche sur une petite plante aquatique. Les réglementations aussi évoluent, par exemple celle organisant au niveau européen la lutte contre les organismes envahissant nuisibles aux végétaux. Le monde de la recherche multiplie les passerelles avec le grand public grâce aux sciences participatives, et les associations poursuivent sans relâche leur travail de réflexion et d’alerte, par exemple par des lettres ouvertes envoyées au Parlement européen ou encore en organisant des réunions préparatoires au Congrès mondial de la nature. Enfin, d’aucuns portent une réflexion sur la place de la nature ordinaire dans le droit de l’environnement.

 

Vie de la SNPN


Dossier : Sauver le vison d’Europe en France Les derniers noyaux d’une espèce en danger critique d’extinction Par Christine Fournier-Chambrillon, Ingrid Marchand, Estelle Kerbiriou, Maylis Fayet

Le vison d’Europe, petit mustélidé semi-aquatique, est une espèce en danger critique d’extinction sur laquelle pèsent des menaces essentiellement d’origine anthropique. En Europe occidentale, il n’est plus présent qu’en France et en Espagne ; notre pays a donc une responsabilité majeure pour éviter sa disparition. Un effort d’inventaire inédit est déployé pour identifier les derniers noyaux de population de ce petit carnivore particulièrement difficile à détecter, afin de cibler les zones où engager prioritairement des mesures de conservation et ainsi espérer sauver cette espèce patrimoniale de l’extinction.


Dossier : Les savanes de Guyane Une décennie d’actions face aux défi s contemporains Par Anna Stier, Anne Hervouët

Les savanes guyanaises sont des paysages rares, à importante valeur écologique et culturelle, mais elles sont également fortement menacées. Elles font partie des mosaïques d’habitats littoraux qui ont été modelés ou maintenus par les activités et usages humains, de la période pré-colombienne à aujourd’hui. Malgré un intérêt croissant pour l’étude et la conservation de ces espaces, leur avenir reste incertain en raison des changements dans les régimes de feux et les pratiques agricoles, mais également du développement urbain et de l’arrivée inexorable d’espèces exotiques envahissantes. Réussir à conserver ces paysages devient alors un défi , car il s’agit de mettre en oeuvre, de manière urgente, des actions de gestion adaptées à leur complexité historique, écologique et culturelle. Depuis de nombreuses années, le Groupe d’étude et de protection des oiseaux en Guyane (Gepog) oeuvre pour leur protection.


Point de vue : La situation du lynx boréal en France Réduire les conflits d’acteurs pour mieux conserver l’espèce Par Marine Drouilly


L’art et la nature Selon Rachel Schlumberger et Théophile Gautier


A lire 

Rupture de stock

Description

La couverture de ce nouveau numéro fait la part belle aux savanes de Guyane. En effet, ces milieux sont suivis depuis dix ans par une association de naturalistes qui mettent en place des actions pour les sauvegarder. En France, le vison d’Europe et le lynx boréal sont également activement protégés, avec de bonnes nouvelles, des avancées… et toujours quelques conflits à atténuer. Dans les actualités de ce numéro, des réintroductions encore avec celle d’une petite plante sur les bords de la Loire, et toujours des bonnes nouvelles avec l’engouement croissant du public pour les sciences participatives. Les connaissances sur les impacts des pesticides s’améliorent (permettront-elles de sauver les abeilles ?), et le congrès mondial de la nature de juin 2020 se prépare. Au niveau juridique, nous encourageons le questionnement sur la place de la nature ordinaire dans le droit de l’environnement, alors que la législation sur les végétaux envahissants évolue, et que le Parlement européen est interpellé par des associations. N’oublions pas de prendre une pause contemplative avec les pages artistiques, et de s’octroyer un moment pour lire les ouvrages recommandés en fin de numéro…

Informations complémentaires

Poids 160 g