Le Courrier de la Nature n°320 janvier – février 2020

8.00 

Semer plutôt qu’asséner.

L’éditorial du numéro précédent (n°319) appelle à poser des actes forts et autoritaires par la loi pour protéger la nature, en prenant pour exemple l’interdiction récente des néonicotinoïdes, principalement utilisés en agriculture. Pour les forêts, nous aurions bien besoin de tels actes pour limiter de manière drastique les coupes rases.

Cependant, les actes forts et autoritaires ne sont pas toujours efficaces pour la protection de la nature. En Indonésie par exemple, la délimitation des forêts protégées a été menée par l’Etat dans les années 1970-1980 sans consulter les populations locales et sur la base de cartes d’occupation des sols obsolètes présupposant une absence d’occupations et d’activités humaines. Des populations ont été du jour au lendemain privées d’accès légal à leur territoire et à ses ressources, avec pour résultat une multitudes de conflits et une déforestation accélérée dans les aires protégées. La délimitation de ces forêts était indubitablement un acte fort et autoritaire mais complètement inefficace en termes de protection de la nature.

A l’opposé, la création en Côte-d’Or et Haute-Marne du tout nouveau Parc national de forêts (cf. p.7) repose sur dix années d’études, de consultations et de négociations. Il comprend plusieurs grandes forêts domaniales (d’où son nom) et occupe un territoire de 241 000 ha composé de mosaïques paysagères complexes: prairies et forêts d’intérêt patrimonial, mais aussi villes et villages, routes et chemins, sites archéologiques et historiques, parcelles agricoles… Autant de signes que – comme la grande majorité des paysages de France métropolitaine – ce territoire a été façonné au cours des siècles, et l’est aujourd’hui encore, par l’occupation et les activités humaines. Cela permet de mieux comprendre la durée de la gestation du parc mais aussi pourquoi, dans la palette de ses objectifs, la conservation de la nature se trouve au même rang que celle des autres patrimoines – archéologique, historique, culturel, paysager. La création du parc représente le début d’une nouvelle histoire qui, pour les quinze prochaines années, s’appuiera sur une charte élaborée au cours des dix années précédentes pour orienter son développement vers une meilleure prise en compte et une meilleure protection de l’ensemble des patrimoines qu’il abrite. L’oeuvre n’est pas encore aboutie, mais le terrain a été plutôt bien préparé et les graines ont été semées – sans néonicotinoïdes…

Rémi Luglia, président de la SNPN.


Dans les actualités :

Les territoires d’Outre-mer français abritent une riche biodiversité, tel l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon qui fait l’objet du dossier (p. 33 à 39) de ce numéro, et de nombreuses actions y sont mises en oeuvre pour la préserver, tel le programme Life Biodiv’OM dans les Caraïbes, en Guyane et dans l’océan Indien, ou encore à La Réunion en faveur du pétrel noir de Bourbon. Sur le continent européen également, les initiatives sont nombreuses à tous les niveaux: artistique, comme cette exposition viennoise sur l’origine naturelle des matériaux utilisés par les artistes; stratégique, avec un nouveau plan national d’actions en faveur de la loutre d’Europe; local, telle l’association Sylatr qui met tout en oeuvre pour protéger une zone humide dans les Deux-Sèvres; sans oublier la sensibilisation et les échanges d’idées lors d’événements, tels le festival Salamandre en Suisse ou les 16e rencontres BFC Nature.

 

Vie de la SNPN


Dossier : La main des mammifères arboricoles Une question anatomique Par François Moutou

Les pouces opposables sont vus comme une caractéristiques commune à tous les primates. Or, en observant a posteriori une photographie de singe hurleur brun prise au Brésil, il nous est apparu que ce n’était pas le cas. Comment les mammifères grimpeurs se servent-ils de leurs doigts? Voici une poignée d’observations comportementales et anatomiques portées sur différentes mains de mammifères arboricoles.


Dossier : Saint-Pierre-et -Miquelon Un archipel français en Amérique du Nor Par Nathalie de Bouillane de Lacoste

Situé dans l’Atlantique Nord, à l’embouchure du Golfe du Saint-Laurent et le long de la côte méridionale de Terre-Neuve (Canada), l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est pourtant une collectivité d’outre-mer française. Malgré sa petite taille, il comporte une diversité de milieux très influencés par l’océan, qui conditionne toute l’écologie de ce territoire peu connu du grand public et des naturalistes. Il abrite une diversité importante d’espèces aussi bien marines que terrestres. La typologie des habitats de Saint-Pierre-et-Miquelon réalisée en décembre 2010 constitue à ce jour le référentiel le plus abouti concernant les milieux naturels et semi-naturels terrestres qui y sont observés.


Point de vue : Collections d’histoire naturelle Des ressources indispensables pour la connaissance de la biodiversité Par Jean-Marc Pons


L’art et la nature Selon  Jean Roché


A lire 

Description

Les territoires d’Outre-mer sont à l’honneur dans ce numéro 320 du Courrier de la Nature : deux programmes de protection de la biodiversité y sont présentés, l’un visant cinq espèces sur cinq territoires, l’autre consacré au pétrel noir de Bourbon, à La Réunion. Le dossier emmène le lecteur à la découverte d’une autre terre française lointaine : l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon, qui abrite une intéressante diversité de milieux et d’espèces. On découvrira également dans ce numéro quelques surprises anatomiques au niveau de la main des mammifères arboricoles, et l’on s’interrogera sur le rôle et l’importance des collections d’histoire naturelle, sans oublier de parcourir les rubriques habituelles consacrée à l’art, aux ouvrages recommandés par nos contributeurs ou encore aux actualités de la SNPN.

Informations complémentaires

Poids 160 g