Le Courrier de la Nature n°319 novembre – décembre 2019

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Est-il efficace d’interdire d’interdire ?

Divers commentateurs et acteurs de la vie politique et sociale dénoncent fréquemment une soi-disant « écologie punitive » qui taxerait de façon immodérée les activités économiques et entraverait les libertés individuelles. Les mêmes vantent a contrario les mérites d’un « développement durable incitatif » qui « récompenserait » les efforts librement consentis.
Nous pensons qu’il est certes essentiel d’informer, d’ouvrir les consciences aux responsabilités collectives et individuelles face à la crise écologique actuelle ; donc de transformer en profondeur et sur la longue durée les relations entre les hommes et la nature.
Mais se contenter de cela revient à rejeter sur nos enfants la mise en œuvre de solutions concrètes et massives, ce qui est profondément immoral, et très cynique.
Nous estimons donc qu’il est indispensable d’utiliser des outils tels que la loi ou les impôts pour accélérer les évolutions et orienter les actions anthropiques vers des pratiques moins destructrices ainsi que pour contraindre des acteurs sociaux et économiques à délaisser leurs intérêts individuels, corporatistes et mercantiles au profit d’un intérêt général mêlant à égalité celui de l’humanité et celui de la biodiversité. Prenons pour exemple l’interdiction de l’emploi des pesticides néonicotinoïdes en France1, entrée en application le 1er septembre 2018. Les lobbies industrialoagricoles ont alors multiplié les messages  catastrophistes annonçant l’effondrement de l’agriculture française, la famine et la dépendance alimentaire, martelant l’impossibilité de cultiver sans les néonicotinoïdes, le manque de crédibilité des alternatives et la nécessité de dérogations pour de nombreuses productions. Où en est-on un an plus tard ? Pas d’effondrement agricole ni de faillite. Pas de famine. La contrainte législative a permis d’amorcer l’adaptation des systèmes agraires et des pratiques. C’est certainement plus que ce que pourra induire la récente proposition gouvernementale de ne pas épandre les pesticides à moins de 5 m des habitations.
Les pouvoirs publics, le législateur et les commentateurs politico-médiatiques feraient bien de méditer cet exemple, pour comprendre qu’il est souvent illusoire d’attendre le bon vouloir des destructeurs de la nature, mais qu’il est essentiel de poser par la loi des actes forts, capables de changer le monde.
C’est à ce courage lucide de nos élus qu’appelle notre jeunesse.

Rémi Luglia, président de la SNPN.


Dans les actualités :

Malgré les alertes toujours plus pressantes des scientifiques concernant l’état de la biodiversité, les moyens visant à la protéger restent perfectibles. Ainsi des associations remettent en question la notion de classement en « animaux susceptibles d’entraîner des dégâts », tandis que d’autres s’interrogent sur certaines dispositions de la création de l’Office français de la biodiversité. La connaissance aussi doit progresser : on plongera donc avec les grands prédateurs marins grâce à des caméras-pièges, on lira les prévisions du GIEC sur la fonte des glaces, on s’interrogera sur l’observation d’une baleine franche boréale en Bretagne. Mieux comprendre pour mieux protéger, c’est l’un des enjeux liés à la réflexion sur la taxonomie du dingo en Australie, tout comme à la découverte de peuplements d’arbres tropicaux géants ou à l’étude de l’effet du niveau d’eau sur la survie des amphibiens. Vient ensuite l’action concrète : ainsi en Ouganda, un projet de conservation des chimpanzés aide à la cohabitation entre singes et humains.

 

Vie de la SNPN


Dossier : L’orang-outan Va-t-il réellement disparaître ? Par Marc Ancrenaz

L’orang-outan, littéralement « homme des bois », espèce emblématique qui par excellence symbolise dans notre imaginaire la forêt équatoriale et sa destruction, est-il voué à une disparition imminente ? Oui, à en croire les messages relayés régulièrement par les médias et de nombreuses autres voix, notamment associatives, qui annoncent une extinction rapide de ce grand singe comme conséquence de l’expansion agricole et en particulier des plantations de palmier à huile, et qui présentent souvent les efforts de réhabilitation et de réintroduction comme seule solution pour enrayer ce processus d’extinction. Mais est-il vraiment inéluctable ?


Dossier : Les étangs de Provence sous surveillance Du zooplancton envahit cet écosystème fragile Par Guillaume Marchessaux

Mnemiopsis leidyi ou noix de mer est un organisme gélatineux de quelques centimètres originaire des côtes américaines. Arrivé accidentellement sur le littoral méditerranéen, ses fortes capacités de reproduction, sa croissance rapide et son adaptabilité incroyable lui ont permis de s’y implanter avec succès. Son invasion, favorisée par l’eutrophisation et la surpêche, aggrave les problèmes de cet écosystème déjà fragile et à forts enjeux socio-économiques que constitue le littoral. C’est pourquoi cet organisme est suivi par plusieurs programmes d’étude, notamment en Camargue.


Point de vue : Sacraliser la nature Une autre voie pour la protéger ? Par Bertrand Sajaloli et Étienne Grésillon


L’art et la nature Selon  Jean-Paul Minster et Jean Giono


A lire 

Description

Cette édition de notre revue interroge les conséquences des activités humaines sur le bon état de la nature. Y a-t-il encore un espoir de survie pour les orangs-outans en Indonésie ? Quels sont les effets de l’introduction accidentelle de nouvelles espèces dans des milieux naturels, comme, par exemple, celle d’un cnidaire envahissant dans les étangs de Provence ? Si les interactions entre l’humain et la nature à laquelle il appartient sont parfois conflictuelles, elles peuvent aussi prendre une forme spirituelle. Certains éléments naturels suscitant chez l’humain le sentiment du divin, sacraliser la nature peut-il contribuer à la protéger ? On retrouvera également dans ce numéro les rubriques habituelles : les nouvelles de la nature, les œuvres d’artistes, nos conseils de lecture et les actualités de la SNPN.

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Poids 160 g