Le Courrier de la Nature n°317 juillet-août 2019

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Comment répondre honnêtement à des arguments malhonnêtes ?

La SNPN est une association de protection de la nature classée dans la catégorie « société savante » qui fleure bon le XIXe siècle. Cela signifie que les arguments qu’elle développe, les actions qu’elle entreprend, les publications qu’elle propose reposent sur des connaissances fondées sur des données scientifiques récoltées selon des méthodes validées, clairement décrites et donc reproductibles.

Comme pour toutes les connaissances scientifiques, cela signifie aussi que l’on peut les faire évoluer jusqu’à les remettre en cause. Lorsque de nouvelles données scientifiques sont récoltées et exploitées, on peut aboutir à d’autres interprétations, voire à de nouvelles théories.

Il existe d’autres associations de protection de la nature beaucoup plus engagées dans une démarche militante. Leurs programmes et leurs outils sont orientés vers l’influence de l’opinion, voire des décideurs, par des campagnes de sensibilisation, un usage intensif des médias et des slogans percutants, même s’ils sont souvent simplifiés.

Les deux démarches peuvent être complémentaires, avec des convergences possibles au-delà des méthodes d’approche, quand elles visent les mêmes objectifs : tant les actions scientifiques que les campagnes d’opinion reposent sur un état de l’art, synthèse des connaissances scientifiques.

Certains scientifiques, membres de diverses structures de recherche, oeuvrent dans des comités d’expertise pour le gouvernement, pour le ministère chargé de l’environnement, souvent sur la base du volontariat.

Ces groupes de travail aboutissent à des avis, consultatifs mais généralement bien documentés et argumentés. Les décisions finales ne reposent cependant pas exclusivement sur des arguments scientifiques, car les politiques intègrent aussi d’autres paramètres, économiques, sociaux ou autres, et donc ne suivent pas toujours les avis de leurs experts.

Mais, quand l’État lui-même détourne des résultats scientifiques et déforme le sens des données, le contexte n’est plus le même. Dans la consultation publique associée au projet d’arrêté ministériel proposant le prolongement de la chasse aux oies grises en février 2019, les arguments officiels exposés étaient faux (plusieurs populations d’oies cendrées en Europe occidentale et non pas une seule, situation néerlandaise non comparable à la situation française, appréciation biaisée des impacts). Dans ce cas-là, comment peut réagir une association « honnête », qu’elle soit scientifique ou militante ?

François Moutou, vice-président de la SNPN.


Dans les actualités :

Dans tous les domaines des sciences de la vie, dans toutes les régions du monde, les cris d’alarme sur les dommages causés à la biodiversité se multiplient. La maison brûle ! Littéralement, dans la montagne basque, lorsque les feux pastoraux non maîtrisés détruisent les aires des rapaces. Métaphoriquement, dans bien d’autres écosystèmes, tels ceux des étangs littoraux méditerranéens confrontés à un cténaire envahissant, ou encore en Arctique, objet d’une conférence sur l’urgence climatique. Les scientifi ques n’ont de cesse d’étudier ces bouleversements et leurs conséquences : on s’interroge ainsi sur la place des chiroptères dans les équilibres sanitaires, ou plus globalement sur les liens entre biodiversité et maladies infectieuses. Et l’on promeut des pratiques durables, telle l’agroforesterie.

 

Vie de la SNPN


Dossier : Les membracides Des insectes bien chapeautés Par Jérémie Lapèze

Les membracides forment une surprenante famille d’insectes appartenant à l’ordre des hémiptères. Leur principale caractéristique est une excroissance, souvent hyper-développée, au niveau du thorax. Communément appelée « casque », elle se décline en une incroyable variété de formes en fonction des espèces. Bosselée, épineuse, lancéolée, foliacée, biscornue : il y en a pour tous les goûts ! Les connaissances sont cependant bien lacunaires encore sur ces petits insectes, et des recherches sont en cours en Guyane.


Dossier : Les récifs coralliens Un tiers des espèces marines sont-elles menacées ? Par Bernard Salvat

Dans la zone intertropicale des trois océans, les formations coralliennes couvrent actuellement quelques 600 000 km2. On estime qu’un tiers des espèces marines vivent dans les récifs coralliens. Mais cet écosystème marin serait le premier à souffrir du changement climatique. Qu’en est-il exactement ? Quels sont les risques de disparition d’espèces ?



Point de vue : Le projet Paysans de nature Concilier agriculture et nature sauvage Par Perrine Dulac et Frédéric Signoret


L’art et la nature Selon Mumuzepaint et Friedrich Nietzsche


A lire 

Description

Le Courrier de la Nature de juillet et août vous fera découvrir les membracides de Guyane, de minuscules insectes proches des cigales, mais portant de spectaculaires ornements sur l’avant du thorax. Les actualités nous emmènent au Pays basque, où l’écobuage a parfois des effets dévastateurs, surtout en ces périodes de sécheresse. Pourtant, le réseau Paysans de nature, qui fait l’objet de la rubrique “point de vue”, cherche à réconcilier les systèmes agriculturels et les enjeux de protection de la nature. Un colloque sur les maladies infectieuses rappelle que la biodiversité nous protège des pathogènes, et un autre sur l’agroforesterie laisse entrevoir des perspectives de culture vivrière durable. Aux pôles, les écosystèmes sont pourtant extrêmement menacés, comme l’ont montré plusieurs conférences. Qu’en est-il sous les tropiques ? Le dossier traitant des récifs coralliens fait le point sur ces milieux que l’on dit abriter le tiers des espèces marines. Vous retrouverez également les pages artistiques avec une peintre contemporaine engagée, et les suggestions de lecture de la rédaction. 

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