Le Courrier de la Nature n°315 mars-avril 2019

8.00 

Un grand débat bien hypocrite

Même si l’organisation, le cadre prédéfini et le flou concernant le traitement des propositions font douter de la sincérité des organisateurs, participer au Grand débat permet de faire passer des idées. Encore faut-il qu’un espace leur soit alloué. En effet, dans le questionnaire consacré à la transition écologique, le mot « nature » n’apparaît pas et la biodiversité ne fait l’objet que de deux questions. De fait, les sujets concernent majoritairement l’énergie (14 questions sur 17) et le financement de la transition énergétique. En conditionnant la réponse sur la protection de la biodiversité (question 15) au maintien d’une agriculture et d’une industrie compétitive, les rédacteurs du Grand débat enferment le citoyen dans une impasse. C’est justement le maintien d’une agriculture industrielle et d’une industrie réclamant toujours plus de dérogations aux normes environnementales qui sont deux des causes de la dégradation de la biodiversité.  

Constatant l’incapacité de nos gouvernements à se saisir des alertes lancées par des citoyens – tel l’appel des coquelicots –, des scientifiques ou des instances non gouvernementales, nous demandons des actions ciblant les individus et le mode de gouvernance. Posons avant tout que la transition énergétique ne doit pas se faire au détriment de la protection de la nature. Installer des éoliennes ou des centrales photovoltaïques, oui, mais pas dans les couloirs de migration des grues ou les zones de nourrissage des chauves-souris. Pourquoi ne pas rendre obligatoire l’installation sur les parkings d’ombrières munies de panneaux photovoltaïques ? L’augmentation de la demande 
d’alimentation biologique et la diminution de celle de viande et de poisson entraînera une baisse des prix et, nous l’espérons, un glissement progressif des subventions de l’agriculture industrielle vers l’agriculture bio ainsi qu’une révision de la PAC. Autre action possible : demandons que soit restaurée la consigne du verre, des contenants de livraison ou d’emballage.  

Comment pérenniser ces démarches ? En éduquant dès la maternelle puis tout au long de sa vie le citoyen au respect de la nature. Enfin, que l’État cesse d’être hypocrite en déplorant la perte de la biodiversité sans pour autant sanctionner l’arasement des haies, le comblement des zones humides, la transformation de la forêt mixte en champs de résineux, tout en en subventionnant les grands projets inutiles, la standardisation de la forêt, la chasse, la pêche et l’élevage intensif. 

La protection de la nature doit être la priorité du gouvernement : il y a urgence.

Clarisse Holik, administratrice de la SNPN.


Dans les actualités :

Passer du statut « En danger critique d’extinction » à « Vulnérable » représente – hélas – aujourd’hui une victoire. Ainsi, grâce à un ambitieux programme, le palmier de Lifou néo-calédonien a vu rétrogradé son statut de menace. Cette petite avancée permet de penser que les zones protégées sont un élément crucial de la conservation de la nature. Quelle méthodologie peut-on alors utiliser pour rendre les Zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (Znieff) plus efficaces ? La médiation reste un atout majeur pour la connaissance naturaliste et l’éveil du grand public : les organisateurs du festival Ciné-environnement l’ont bien compris depuis 25 ans. En revanche, les promoteurs d’un pont sur la Loire sur une zone karstique ne semblent pas prendre en compte les risques d’effondrement… Enfin, dans les zones urbaines, les dégâts des chats sur la petite faune continuent d’être scrutés.

 

Vie de la SNPN


Dossier : L’herbier du prince Bonaparte, Un trésor numérisé Par Yves Thonnérieux

L’Université Claude Bernard de Lyon 1 héberge un précieux herbier, le quatorzième le plus important au monde en nombre d’échantillons et le deuxième herbier universitaire après celui d’Harvard. Le clou de cette collection, constitué par les quelque trois millions de spécimens de plantes réunis par le prince Roland Bonaparte, a fait l’objet d’une opération de numérisation.


Dossier : Les vallées de la Grand-Pierre et de la Cisse Un îlot de biodiversité au coeur de la Petite Beauce Par Blandine Cassagne et Angélique Vallée

Dans le Loir-et-Cher, où les cultures intensives occupent une large part du territoire, la confluence entre les vallées de la Grand-Pierre et de la Cisse recèle un espace naturel préservé contenant une mosaïque de milieux naturels variés. Parmi eux, les rares pelouses calcicoles, refuge de nombreuses espèces animales et végétales, sont protégées et font l’objet d’une gestion concertée.



Point de vue : Mesures compensatoires « ERC » Nichoirs, hibernaculums… un pis-aller ? Par Jean-François Noblet


L’art et la nature La Galerie éphémère : lier art et nature


A lire 

Description

Ce numéro nous plonge dans l’histoire, avec les archives de l’herbier de Bonaparte, un trésor de 640 000 planches botaniques constitué à la fin du XIXe siècle, dont la numérisation permet désormais la consultation en ligne afin d’accéder plus aisément à cette connaissance inestimable. Nous visitons également la Réserve naturelle nationale des vallées de la Grand-Pierre et de Vitain, dans le Loir-et-Cher, un magnifique îlot de biodiversité au sein de paysages agricoles. Nos contributeurs s’interrogent également sur la pertinence des moyens palliatifs mis en place dans le cadre de la stratégie de compensation lors de travaux environnementaux. Entre les suggestions de lecture et les actualités de la nature dans le monde, on découvre dans ce numéro des artistes d’une galerie éphémère dédiée à la sensibilisation aux zones humides. Ce thème est cher à la SNPN, qui a d’ailleurs contribué à la mission parlementaire sur ce sujet crucial, et invite chaque année à se pencher sur ces milieux via la Journée mondiale des zones humides, qui s’est déroulée cette année sur le lac de Grand-Lieu.

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