Communiqué de presse de la SNPN du 9 septembre 2002

COMMERCE DE L'IVOIRE : LA FRANCE À CONTRESENS !


8 mai 2002, parc national Saint-Floris, en République Centrafricaine : accrochage entre gardes et braconniers d'éléphants. Bilan : huit morts, quatre de part et d'autre !

30 avril 2002, parc national de Zakouma, au Tchad : un garde tué - le troisième en deux ans - alors que sa patrouille s'était lancée à la poursuite de braconniers qui venaient d'abattre un éléphant . En avril également, dans le parc de Tsavo-Est, au Kenya, ce sont quatre braconniers, déserteurs de l'armée somalienne ou pauvres villageois risquant leur vie pour un gain qui nous paraîtrait dérisoire qui tombent sous les balles des gardes. Trois exemples récents parmi d'autres, car depuis la réouverture en 1997, à titre soi-disant «expérimental», du commerce international de l'ivoire qui était totalement interdit depuis 1989, ces incidents sanglants se multiplient. Et causent, bien sûr, la mort de milliers d'éléphants chaque année. Car, à la différence de la chasse commerciale pour les peaux de crocodiles, varans ou félins tachetés, celle pour l'ivoire est une véritable guerre, pratiquée par des groupes de braconniers puissamment armés qui n'hésitent pas à tirer sur les agents qui ont encore le courage d'assurer la protection de la faune.

Tout contrôle sur le terrain se révélant impossible, la seule solution qui de surcroît a déjà fait ses preuves, est d'en revenir à l'arrêt total des exportations d'ivoire par le classement de toutes les populations d'éléphants d'Afrique en annexe 1 de la Convention internationale sur le commerce des espèces menacées (CITES ou Convention de Washington). Ce statut n'interdit pas la chasse de l'espèce concernée, ni l'utilisation sur place de ses produits qui sont du ressort des réglementations nationales, mais seulement le commerce international lorsqu'il constitue, comme c'est le cas pour l'ivoire, une menace pour la survie de cette espèce. C'est ce que demandent le Kenya et l'Inde, appuyés par une majorité d'états africains, mais opposés à cinq pays d'Afrique australe (Afrique du Sud, Botswana, Namibie, Zambie et Zimbabwe) qui réclament au contraire un assouplissement de ce commerce et notamment l'exportation d'un deuxième quota global de 87 tonnes d'ivoire brut, faisant suite à celui de 60 tonnes en 1998, puis de quotas annuels variables selon les pays et la suppression de toute limitation pour l'ivoire travaillé et les articles en peau d'éléphant ! On en reviendrait insidieusement à la situation des années 70-80 qui avait coûté la vie à près de deux millions d'éléphants et aurait abouti à une quasi-extinction de l'espèce pour la fin du siècle, si l'arrêt du commerce d'ivoire n'était intervenu en 1989.

La décision, vitale pour l'avenir des éléphants, sera prise en novembre prochain, à Santiago du Chili, lors de la 12ème conférence des 158 états membres de la CITES. Or, suprême stupéfaction, il nous a été annoncé le 16 juillet dernier, au Ministère de l'Ecologie et du Développement durable qui l'a confirmé le 30 juillet à l'Union Européenne, que la France était décidée à soutenir les demandes de l'Afrique australe, contre tous les pays d'Afrique francophone et d'Afrique orientale, contre aussi des états membres de l'UE, comme l'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ! Attitude d'autant moins compréhensible que, comme le savent les supporters des campagnes successives de la SNPN, la France a joué un rôle majeur dans l'interdiction du commerce international de l'ivoire en 1989 et que ses gouvernements successifs se sont constamment opposés depuis à sa reprise!

Persuadées qu'il ne peut s'agir que d'une regrettable méconnaissance du problème, la France n'ayant aucun intérêt commercial ou électoral dans cette reprise, bien au contraire, la SNPN et les associations qui s'opposent à ce commerce meurtrier &endash; FRAPNA Drôme, Mille Traces, Robin des Bois, FNE, Nature et Découvertes, Fondation Brigitte Bardot, SECAS, ASPAS, SPA &endash; demandent instamment au gouvernement de M. J.-P. Raffarin et à Mme la Ministre Roselyne Bachelot, de revenir sur cette décision incompréhensible à la lumière de l'intervention du Président Chirac au sommet de Johannesburg où il a fort justement dénoncé la surexploitation des ressources de la nature. Si la France veut contribuer à la conservation d'une des espèces les plus symboliques de notre planète et cela au bénéfice des pays de son aire de répartition, elle se doit de soutenir fermement, à la prochaine réunion de l'UE, le 18 octobre à Bruxelles et surtout à la conférence de la CITES en novembre, la proposition du Kenya et de l'Inde de retour en annexe 1 des populations d'éléphants d'Afrique australe qui en avaient été exclues en 1997 avec les dramatiques conséquences qui se répercutent aujourd'hui sur l'ensemble du continent africain et en Asie, car le trafic d'ivoire ne connaît pas de frontières.

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Fax : 01 45 07 79 39
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