COMMUNIQUE DE PRESSE DE LA SNPN

Le commerce de l'ivoire : un échec pour la CITES (01/09/2000)

Le commerce international de l'ivoire avait été totalement interdit en 1989 par la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES). Il a été à nouveau partiellement autorisé en 1997 par la même convention qui, à titre expérimental, l'a limité à trois pays exportateurs (Botswana, Namibie et Zimbabwe) et un importateur unique, le Japon, choisis pour leur application " fiable " des contrôles et de la réglementation commerciale internationale. Un certain nombre de faits récents confirment cependant, comme la SNPN le prédisait, que cette reprise " expérimentale " est déjà un échec flagrant :

1. Le 2 décembre 1999, la Direction générale des douanes présentait à la presse une saisie de 420 kg d'objets d'ivoire effectuée à l'aéroport de Roissy, en provenance du Rwanda, exportateur non autorisé, et à destination du Japon. Or, une enquête des mêmes services a révélé que le commanditaire de cet envoi illégal n'était autre que le JETRO (Japanese external trade organisation), organisme officiel dépendant de plusieurs Ministères japonais et donc mieux placé que tout autre pour connaître la réglementation internationale !

2. En avril 2000, pendant que se tenait à Nairobi (Kenya)) la 11ème conférence de la CITES, les douanes japonaises saisissaient à Kobé 500 kg d'ivoire brut embarqués à Singapour (exportateur non autorisé) et provenant apparemment d'Afrique centrale (aucun exportateur autorisé). Toute à l'honneur des douanes japonaises, cette saisie a abouti à l'inculpation d'un citoyen britannique originaire de Hong Kong et surtout à celle d'un responsable de la chambre syndicale des importateurs et ivoiriers japonais, organisme officiel agréé par le MITI (Ministère du commerce international et de l'industrie), lui aussi bien placé pour connaître la loi !
Comble de duplicité : au même moment le délégué de cet organisme à la conférence exprimait sa volonté d'une stricte application de la réglementation de la CITES et son souci de la sauvegarde des éléphants !

3. Autre fait encore plus grave : alors que cette 11ème conférence de la CITES, consciente des failles de ce "commerce expérimental ", a rejeté tous les quotas d'exportation d'ivoire demandés par les trois pays cités ainsi que par l'Afrique du Sud, exactement un mois après, le 14 mai 2000, le Zimbabwe expédiait 8,1 tonnes d'ivoire à la Chine, pas davantage autorisée à en importer ! Selon les sources proches du gouvernement zimbabween qui ont donné cette information au Sunday Times / Eire du 9 juillet dernier, cet envoi d'ivoire ferait parti du payement de plusieurs milliers de fusils automatiques Kalashnikov livrés à ce pays par la Chine. Information probablement exacte, l'ivoire, comme les diamants ou les bois précieux, étant une des monnaies les plus couramment utilisées pour les achats d'armes par les diverses factions officielles ou rebelles, engagées dans les multiples conflits africains. Mais d'autant plus inquiétant que le Zimbabwe est le théâtre d'émeutes d'anciens combattants armés qui occupent les fermes des Blancs et les réserves de faune où ils ne se privent pas de braconner et que par ailleurs l'armée zimbabwéenne est engagée au Congo (ex-Zaïre) aux côtés de Laurent-Désiré Kabila et que ses soldats, ne recevant pas leur solde, se "payent sur la bête", selon l'expression d'un correspondant du journal Le Monde.

Ces infractions flagrantes à la réglementation de la CITES par des pays et des organismes officiels chargés de l'appliquer, s'ajoutant à la reprise dramatique du braconnage des éléphants signalée régulièrement par la SNPN, témoignent à l'évidence de l'échec total de cette reprise "expérimentale " du commerce de l'ivoire. Elles confirment que dans les conditions actuelles, il n'y a pas d'autre solution que le reclassement de toutes les populations d'éléphants en annexe 1 de la CITES (espèces interdites au commerce international). C'était la position de l'Inde et du Kenya, appuyée par la plupart des pays d'Afrique, lors de la dernière conférence de cette convention en avril dernier. C'est celle que défend depuis quinze ans la SNPN et qui a fait ses preuves entre 1989 et 1997, lorsque l'arrêt total de ce commerce s'est traduit par une chute spectaculaire de la demande d'ivoire et du braconnage des éléphants.

Pierre Pfeffer

 


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