LES ACTIONS ET LES CAMPAGNES (1)
Protection des milieux

Fontainebleau | Guyane dont action contre l'orpailllage | Plaine des Maures | Natura 2000  

FONTAINEBLEAU

Le massif forestier de Fontainebleau constitue l'un des derniers lambeaux subsistant de l'immense forêt feuillue hercynienne qui couvrait, au début de notre ère, l'ensemble de l'Europe atlantique et centrale. Il occupe environ 25000 hectares, dont 18000 hectares constituent la forêt domaniale, qui présente un périmètre d'une centaine de kilomètres. Le chêne sessile (44 %) représente l'espèce arborescente dominante, suivie du pin sylvestre (41 %), dont l'extension a été largement le fait des forestiers, et du hêtre (10 %).

La diversité géologique n'a d'égale que celle des habitats. Certes les milieux forestiers constituent l'essentiel de la superficie du massif, mais on y rencontre aussi d'autres biotopes terrestres, en particulier des sablières, des chaos rocheux, des plateaux gréseux dénudés, ainsi qu'une grande variété de biotopes aquatiques, en particulier des mares de platière. Ces derniers présentent tout autant que les habitats terrestres une grande biodiversité tant en ce qui concerne leurs peuplements végétaux qu'animaux.
Au total, quelques 1350 espèces de plantes à fleurs, 2700 de champignons, 600 de lichens et 460 de mousses y ont été dénombrées. On y a aussi répertorié plus de 7000 espèces animales. L'entomofaune de Fontainebleau est très célèbre avec quelques 5600 espèces d'insectes dont plus de 3000 coléoptères. Parmi elles, existe un nombre significatif d'espèces d'insectes rares dont le massif renferme une des rares stations connue de notre pays. De même, on a inventorié 227 espèces d'oiseaux sur un total de 315 que comporte la faune de France.

Malgré l'extraordinaire ensemble vivant que constitue en définitive le massif forestier de Fontainebleau, ce dernier n'a jusqu'à présent bénéficié que d'une protection très réduite. On dénombre de nos jours en tout et pour tout 150 hectares de réserves naturelles intégrales et une douzaine de réserves « dirigées » dont la surface cumulée est de 317 hectares, soit à peine au total 2 % de la surface du massif. Malgré une première initiative de protection de l'ensemble du massif prise à la veille de la 1ère guerre mondiale, où avait été envisagée sa transformation en Parc National, rien n'a été fait de concret en ce sens jusqu'à présent. L'Alliance Mondiale pour la Nature (UICN) y fut créé en 1948, son anniversaire a été célébré en 1998 en grande pompe par les politiques au pouvoir sans que la moindre initiative de mise en réserve substantielle n'ait été annoncée à cette occasion.

En 1983, lors de l'un de ses conseils, la SNPN a évoqué à nouveau la problématique d'en faire un Parc National, notre association demandant alors que soient créés en France, dans le domaine atlantique, deux grands Parcs Nationaux destinés à protéger des forêts de feuillues de plaine.
La création d'un Parc National à Fontainebleau a une justification écologique évidente liée à son exceptionnelle biodiversité.
Malgré une forte dégradation de la qualité biologique, et donc écologique, des boisements résultant de l'enrésinement systématique effectué par l'ONF avec des espèces de conifères exotiques (les dernières en date étant des cèdres du Liban), surtout au détriment de zones initialement peuplées en hêtres, il subsite encore de vastes enclaves de hêtraies et de chênaies et de boisements mixtes d'essences feuillues qui justifient amplement que soit établi un Parc National. Un tel statut permettrait de limiter l'action des forestiers et de contrôler la pression humaine afin d'éviter les phénomènes de dégradation associés à l'afflux de touristes, grâce à l'accroissement des moyens de gestion, en particulier en personnel.

Enfin, le rôle culturel et artistique qu'a joué ce massif constitue un autre argument pour sa transformation en Parc National. Faut-il souligner que les peintres de l'Ecole de Barbizon, soutenus par plusieurs intellectuels et naturalistes de l'époque, ont été à l'origine de la création des premières réserves forestières des temps modernes de notre pays en 1853, lesquelles couvraient alors 600 hectares étendues en 1861 à 1097 hectares sous le terme de « réserves artistiques » ?

Dans le contexte d'une extension incessante de la dégradation de la nature propre à l'époque contemporaine, la transformation en Parc National de la forêt de Fontainebleau apparaît comme l'ultime chance de conserver pour les générations futures un exceptionnel ensemble vivant et un patrimoine culturel et historique unique qui en ferait aussi un candidat de tout premier plan pour son inscription à la convention de l'héritage mondial de l'UNESCO.
La SNPN consacre depuis plusieurs années une grande énergie pour atteindre cet objectif, et elle continuera à le poursuivre à l'avenir avec la plus grande opiniâtreté.

 

GUYANE

Les actions de la SNPN en Guyane ont commencé dans les années 70, lorsque des missions scientifiques ont découvert que quelques 15 000 tortues luths venaient pondre chaque année sur les plages du nord-ouest de la Guyane. Une campagne et l'édition d'affiches "la luth pour la vie" ont alors été réalisées, la SNPN a également soutenu la création d'une écloserie près du lieu de ponte, tandis que le Courrier de la nature se faisait déjà l'écho des actions menées.

Au milieu des années 70, c'est pour une autre espèce emblématique de la Guyane que la SNPN et sa revue se mobilisaient : l'ibis rouge. Chassée non seulement pour sa chair, mais surtout pour ses plumes, avec lesquelles se confectionnaient des fleurs artificielles d'un rouge sanglant, l'espèce était des plus menacées. Aujourd'hui encore, malgré sa prtotection officielle depuis 1986, les effectifs d'ibis rouges en Guyane sont relativement faibles, et l'animal reste une grande victime du braconnage.

La chasse est effectivement l'un des gros handicaps de la protection de la nature en Guyane. A l'heure actuelle, cette activité n'est toujours pas réglementée. Pourtant, la SNPN avait préparé un projet d'arrêté pris en application de la loi sur la protection de la nature, et qui avait été accepté par le Conseil national de protection de la nature en… 1979 !

Des avancées ont cependant eu lieu, notamment par le biais de la création de 5 réserves naturelles depuis 1992 :
* deux sur le littoral : l'île du Grand Connétable, qui abrite un peuplement impressionnant de 6 espèces d'oiseaux marins et l'Amana, qui comprend notamment les plages de ponte des tortues luths ;
* deux en forêt primaire : les Nouragues et la Trinité, avec ses reliefs très accidentés : inselberg, savane-roches, montagnes boisées ;
les marais de Kaw Roura, l'un des derniers refuges du caïman noir.

La SNPN reste associées à la gestion de trois de ces réserves : le grand Connétable, les marais de Kaw Roura et l'Amana, par l'intermédiaire de son secrétaire général , Michel Echaubard, chargé du suivi de la mise en place de leur plan de gestion par le Conseil national de protection de la nature.

En 1998, la SNPN a orienté ses activités autour de la Guyane, à travers, notamment, l'édition d'un numéro spécial du Courrier de la nature et l'organisation d'une exposition dans ses locaux.

Dernière minute :

Orpaillage : la Préfecture réagit

Le 12 février dernier, la SNPN écrivait au Préfet de la Guyane pour attirer son attention sur les activités illicites d'orpaillage dans la Réserve naturelle des Nouragues (cf. Le Courrier de la Nature n°198, p. 19-25).

Ce 23 mai, nous recevions une réponse à notre courrier, nous indiquant qu'une opération de gendarmerie avait eu lieu, permettant l'éradication d'un village d'orpailleurs clandestins sur le site d'Ipoussing, mais que les investigations menées sur les Nouragues n'avaient pas permis de mettre en évidence de traces d'orpaillage.

Nous saluons ici cette intervention du Préfet, qui en veillant au respect de la loi, a contribué également au respect du milieu naturel.

 

PLAINE DES MAURES


La Plaine des Maures, dépression cristalline située en marge nord du massif des Maures (Var), s'étendait au siècle dernier sur 45 000 ha. Un ensemble relictuel de 5000 ha constitue encore un site naturel unique en France et en Europe par son extrême diversité paysagère et écologique. Il abrite une mosaïque de groupements végétaux très diversifiés, des plus arides aux plus humides : forêts ou maquis sur les sols profonds, végétation rase sur les affleurements de roches compactes. L'imperméabilité des terrains permet en saison humide l'alimentation d'un réseau de petites rivières bordées de forêts-galeries, de ruisseaux et de mares temporaires.

A cette grande originalité des milieux naturels, reconnus d'intérêt communautaire, répond une exceptionnelle diversité d'espèces rares, que la France s'est engagée à protéger en application de textes nationaux, et internationaux (Convention de Berne, directive "oiseaux", directive "habitats") : 108 espèces d'oiseaux, 43 espèces végétales, plusieurs insectes, 23 mammifères, 23 amphibiens et reptiles, au nombre desquels la tortue d'Hermann qui trouve là un de ses derniers refuges en Europe.

Les actions menées pour la défense de ce site par la SNPN et les associations groupées au sein du Collectif pour la Plaine des Maures, sous la forme de pressions exercées sur le Conseil de l'Europe et sur les instances régionales et nationales, ont permis d'éviter de justesse en 1995 l'implantation d'un centre d'essais Michelin au cœur de la Plaine (900 ha), et ont entrainé la mise en place par L'Etat d'un projet d'intérêt général (PIG) de protection de la Plaine, qui exige des communes la mise en conformité de leurs plans d'occupation des sols.

Malheureusement, le PIG ne s'est pas attaqué aux principales menaces et ne prévoit aucune mesure globale de protection. Il laisse le champ libre aux responsables d'un défrichement illicite et d'un aménagement d'un golf de 62 ha dans le bois de Bouis (commune de Vidauban). Dapuis 1996, la SNPN et le Collectif intentent recours pénal, civil et administratifs à l'encontre des promoteurs et de la municipalité afin d'obtenir la remise en état des lieux.

NATURA 2000


La Directive européenne 92/43, dite Directive Habitats, vise à protéger les habitats naturels en tant que tels. Son application, tant au niveau communautaire qu'en France, devrait contribuer à la réalisation des objectifs de la Convention de Rio sur la diversité biologique.

Les mesures à prendre pour atteindre cet objectif s'articulent autour de deux axes : d'une part, la conservation de différents habitats naturels (annexe I) et d'autre part la protection accordée aux habitats de certaines espèces de la faune et de la flore dont l'état de conservation est jugé alarmant (annexe II), dans le cadre d'un développement durable. Ces zones ainsi désignées (Zones Spéciales de Conservation, ZSC) avec les zones désignées au titre de la Directive Oiseaux (Zones de Protection Spéciale, ZPS) constitueront au niveau européen, le réseau Natura 2000.

Pour la constitution de ce réseau, chaque état membre dresse un inventaire (1992-1995) basé sur l'établissement d'une liste des sites abritant les habitats ou les espèces figurant aux annexes I et II de la Directive. A partir des listes nationales, la Commission établit la liste des sites d'importance communautair que les états membres sont tenus de désigner en ZSC (1995-1998). Chaque état membre doit alors définir le périmètre définitif du site et son plan de gestion (document d'objectifs en France), avant son incorporation au réseau Natura 2000 (1998-2004).

L'inventaire a fait apparaître la richesse de notre pays (1635 sites inventoriés représentant près de 15% du territoire). Mais sous l'action du groupe des 9 (chasseurs, pêcheurs, forrestiers, agriculteurs), l'application de la Directive Habitats va être gelée en france dans un premier temps, puis débloquée. A ce jour, 535 sites seulement ont été transmis à la Commission, représentant 1,6% du territoire.

L'action de la SNPN s'est située d'une part au niveau français : prise en compte de l'inventaire, débloquage de l'application, informations, réunions de concertation… et d'autre part au niveau européen : rencontre avec la commissaire européenne madame Rit Bjerregaard, rapport analysant la première liste transmise par la France, plainte devant la Commission contre la France pour non application de la directive…

Les actions et les campagnes (2)
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