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Le Courrier de la Nature n°271
- Novembre - Décembre 2012

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Grand hapalémur s’alimentant de feuilles de bambou/ Photo F.-G.Grandin - MNHN
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Sommaire

Editorial
Vous nous avez écrit...
Echos-Actualité :

- Il faut mettre fin à la guerre de l’ivoire
- Séminaire de l’AHEPNE sur l’histoire de la protection des oiseaux
- Projets de barrages menaçants sur le Mékong
- Une commission baleinière internationale au bilan mitigé
- Liste rouge pour les crustacés d’eau douce
- Les inondations régulent les jussies
- Inventaire des insectes du Pondoland
- Les tourbières limousines
- Risques de coextinction de poissons des récifs coralliens et de leurs espèces parasites
- De l’importance de préserver les services écologiques rendus par les écosystèmes en France
- Restauration du delta du Mississippi


Vie de la SNPN


- Le grand hapalémur, ce lémurien qui disparaît... Une large mobilisation pour sa sauvegarde par Delphine Roullet (Parc zoologique de Paris, MNHN)

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- Si on parlait d’éthologie ? Troisième partie : deux autres questions importantes par Yves Thonnérieux (Association Naturailes)

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- La Société d’acclimatation (1854-1939). Une origine du courant naturaliste de protection de la nature en France. 2ème partie par Rémi Luglia (Agrégé et docteur en histoire)


Tribune libre

Déclarer les oiseaux migrateurs inappropriables par l’homme, par Patrick Janin


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Bibliographie
Lexique


Editorial


Les précurseurs d’Amnistie pour les éléphants

Face à l’ampleur du commerce de l’ivoire entre le début de la colonisation et la Première guerre mondiale (entre 1840 et 1910, de 3,5 à 4,4 millions d’éléphants ont été tués uniquement pour satisfaire la demande occidentale d’ivoire, même s’il est possible de supposer qu’une partie de ce matériau précieux repartait vers l’Orient), un mouvement de contestation s’est élevé dès la fin du XIXe siècle pour que les administrations coloniales mettent un terme à ce massacre  : elles ont fini par édicter un certain nombre de mesures de protection. La première – non dénuée d’arrière-pensées politiques – fut de mettre fin, en 1880, à l’importation et à la vente d’armes aux Africains, ce qui eut pour effet de créer une caste privilégiée, celle des chasseurs professionnels blancs – les white hunters. Le braconnage n’en continua pas moins, d’autant que certaines administrations coloniales, notamment celle de la France, permettaient à chaque résident européen d’armer six autochtones, moyennant une taxe de 50 francs par fusil, et de les faire chasser pour lui ! Cette pratique que l’on appelait «  avoir des fusils en brousse  », comme dans certains milieux on avait «  des dames sur le trottoir  », se perpétua jusqu’en 1936, avec les résultats que l’on devine, non seulement pour les éléphants, mais aussi parmi d’autres espèces  !
Les défenseurs des éléphants ne désarmaient pas pour autant et c’est ainsi qu’en 1906, sous la présidence d’Edmond Perrier, directeur du Muséum de Paris et surtout président de la Société d’acclimatation (l’actuelle SNPN fondée en 1854) fut lancé le mouvement des «  Amis de l’Eléphant  » dont les fondateurs notaient – déjà  ! – que «  du train dont vont les choses d’Afrique… nous sommes exposés à manquer bientôt d’éléphants  ». Et ces vaillants précurseurs de notre campagne «  Amnistie pour les Eléphants  », constatant l’inanité de toute réglementation de la chasse et de la lutte contre le braconnage, préconisaient la «  domestication sur une vaste échelle de l’éléphant d’Afrique  ».
Les conflits humains impliquant souvent la paix pour les bêtes, les deux guerres mondiales se traduisirent, sur le terrain, par une trêve relative pour les éléphants et la mode de l’ivoire s’éteignit progressivement. Les effectifs totaux des éléphants d’Afrique remontèrent à nouveau, atteignant deux millions et demi de têtes dans les années 1970, lorsque la Chine relança la demande d’ivoire et un massacre sans précédent de l’espèce  ! Il en résulta un conflit entre partisans et adversaires du commerce dont nos lecteurs et tous les adhérents de la SNPN ont pu suivre les différents épisodes. Ils ont été et sont toujours nombreux à prendre part à sa campagne «  Amnistie pour les Eléphants  » dont l’objectif est l’arrêt total et définitif du commerce international de l’ivoire, seul espoir de survie pour ces pachydermes, qu’ils soient d’Afrique ou d’Asie.

Pierre Pfeffer

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Grand hapalémur s’alimentant de feuilles de bambou/ Photo F.-G.Grandin - MNHN
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