Le Courrier de la Nature n°313 nov-déc 2018

8.00 

D’un ministre à l’autre, les questions fondamentales demeurent

L e départ de Nicolas Hulot, aux convictions écologistes incontestées, a suscité – malgré le contrefeu allumé par le gouvernement sur le prélèvement de l’impôt à la source – un (petit) séisme dans l’opinion publique. Avec lucidité, il a examiné son bilan, mais surtout a identifié les immenses oppositions face auxquelles il s’est épuisé : sa bonne foi ô combien sincère mais sans doute un peu naïve s’est brisée sur le cynisme mercantile et court-termiste de lobbies pour qui l’appât du gain tient lieu de morale.

Politiquement, ces circonstances dessinent une réelle opportunité pour le nouveau ministre François de Rugy, dont nous saluons la nomination : les Français ne comprendraient pas que l’on poursuive les mêmes politiques, que le projet Montagne d’Or (cf. nº 310 p. 41-45) aboutisse, que le budget alloué à la protection de la biodiversité soit maintenu sans augmentation. Les cadeaux consentis aux chasseurs, dont certains poussent l’outrance jusqu’à s’autoproclamer « premiers écologistes de France », nous empêchent cependant d’être vraiment optimistes. D’autant que, parmi une multitude d’autres, deux enjeux fondamentaux demeurent.

Le premier est celui des pesticides. Depuis le 1er septembre 2018, les insecticides néonicotinoïdes sont interdits en France. Mais la question des éventuelles dérogations reste posée : le ministre cèdera-t-il aux lobbies industriels, agricoles et chimiques ? La SNPN demande au gouvernement d’investir massivement dans la recherche d’alternatives non chimiques et en faveur d’une agriculture respectueuse de la santé humaine et de la biodiversité. Elle prend pour cela position publiquement (tribune avec 30 partenaires dans Libération le 25 août 2018) et a organisé un symposium international le 20 septembre de cette année à Paris avec un groupe de réflexion sur les pesticides.

Seconde question : pour « sauver le climat », doit-on sacrifier la biodiversité ? Si l’on considère les budgets alloués, le choix est fait… Ce « deux poids deux mesures » confine à l’absurde ; quel « décideur » imagine « sauver » une planète dont les fonctionnalités écologiques seraient profondément dégradées ? C’est pourtant ce que nous proposent certains projets éoliens, tel celui de Faraman, au large de la Camargue, qui prévoit l’installation de trois éoliennes de 180 m de hauteur au coeur d’une Zone de protection spéciale. Là encore, les logiques industrielles prévalent sur toutes autres considérations (cf. p. 41-46).

Est-ce cela le futur désirable soi-disant verdoyant que l’on veut nous servir ? Des îlots de nature qui survivent entourés d’épandages de pesticides et ceints d’éoliennes ? Notre conviction est qu’un autre chemin est possible : nous espérons que M. de Rugy saura le faire emprunter au gouvernement, en impliquant tous les ministères.

Rémi Luglia, président de la SNPN

Coup de neuf sur l’identité visuelle de la SNPN


Dans les actualités :

Notre monde évolue, mais dans quelle direction ? Les scientifiques s’interrogent sur les conséquences des bouleversements écologiques : comment considérer l’arrivée de cette abeille venue d’Asie ? Comment estimer les impacts du changement climatique sur les champignons mycorhiziens ? Le film « Le temps des forêts » (à ne pas manquer pour poursuivre la réflexion entamée dans notre n° 312) scrute l’évolution de la gestion forestière en France. Les réflexions sont nombreuses pour tenter d’initier dans tous les domaines des changements positifs : l’amélioration de la condition animale a ainsi fait l’objet d’un récent colloque, tout comme la sensibilisation aux changements climatiques. Certaines choses semblent éternelles, comme le ballet nocturne des chiroptères observé par les participants à la Nuit de la chauve-souris. Pour combien de temps encore ?


Vie de la SNPN


Dossier : La mélipone de Guadeloupe. Entre exploitation et conservation, un avenir en suspens par François Meurgey.

La mélipone de Guadeloupe (Melipona variegatipes) suscite depuis peu curiosité et intérêt de la part de quelques apiculteurs professionnels et amateurs réunis au sein de l’Association des apiculteurs de la Guadeloupe (APIGUA). Curiosité, car cette abeille endémique possède une biologie particulière et parce qu’elle produit un miel réputé posséder des vertus curatives. Intérêt surtout, puisque ce miel, produit en petite quantité, difficile à récolter, peut se négocier entre deux et huit fois plus cher que le miel de l’abeille domestique. La mélipone de Guadeloupe, déjà menacée par les atteintes à ses habitats, peut-elle supporter cette soudaine ruée vers l’or ? C’est la question à laquelle une étude biologique et ethnozoologique a tenté de répondre.


Dossier : L’île du Grand Colombier par Bruno Letournel, Christophe Barbraud, Karine Delord, Olivier Chastel et Hervé Lormée.

Alors que la biodiversité marine fait l’objet de suivis spécifiques dans plusieurs collectivités d’outre-mer, l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon souffrait encore récemment d’un déficit important à ce niveau. Pourtant, les zones océaniques entourant ces îles comptent parmi les plus productives au monde, notamment en matière d’abondance de poissons de petite taille servant de nourriture aux prédateurs comme les oiseaux. Au sein de l’archipel, l’île du Grand Colombier est localement réputée pour la diversité et la quantité d’oiseaux marins qu’elle accueille pendant la reproduction. De nouvelles études ornithologiques menées depuis 2015 ont recensé 10 espèces nicheuses, pour un total d’environ 765 000 couples reproducteurs, ce qui confirme le caractère exceptionnel de cette île à l’échelle nationale et régionale. La biodiversité outre-mer constitue 80 % du patrimoine naturel français, ce qui fait de ces territoires des sites d’importance majeure pour la préservation de la biodiversité.


Point de vue : Éoliennes et biodiversité. Une cohabitation impossible ? Par Geoffroy Marx, Denis Roux et Simon Gauthier


L’art et la nature selon Clémence Gueib et Jules Verne


A lire 


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