A paraître prochainement : Le Courrier de la Nature spécial Nuisibles n°306

Qu’ont en commun le renard roux, le lapin, la jussie et les friches ? Ils ont tous, ou ont eu, un impact sur les activités humaines, ce qui a suffi à prôner leur destruction. Le numéro spécial du Courrier de la Nature pour l’année 2017, à paraître cet automne, traitera de la question des « nuisibles » en s’appuyant sur des articles de fond et des cas particuliers illustrant cette problématique.

Qu’est-ce qu’un « nuisible » ?

Est-il encore légitime d’employer ce terme aujourd’hui ? Le « nuisible » est-il une notion partagée de façon homogène, dans le monde, dans la société, au sein des diverses professions et milieux ?

Si par définition une espèce nuisible est coupable de provoquer des dégâts, l’humain n’est-il alors pas le plus « nuisible » de tous ? Finalement, s’intéresser au « nuisible » revient à s’interroger sur la façon dont nos sociétés considèrent et gèrent le sauvage. De la ville aux champs, des sociétés passées à aujourd’hui, le nuisible est omniprésent, pour des raisons toujours renouvelées.

Il est temps de s’intéresser à cette perception davantage qu’aux espèces en particulier, afin de dégager les permanences et les évolutions d’ensemble. Toutes ces questions, et bien d’autres, constitueront la matière de ce numéro élaboré à la suite du colloque « Sales bêtes, mauvaises herbes », organisé par l’Association d’histoire de la protection de la nature et de l’environnement (AHPNE) en partenariat avec la SNPN, qui a permis à une quarantaine de spécialistes de toutes branches (écologues, historiens, sociologues, vétérinaires, philosophes, etc.) de présenter leurs recherches et leurs points de vue.

Les recoupements entre différentes disciplines sont indispensables à la compréhension globale d’un sujet qui touche tout autant les espèces et les milieux que les sociétés elles-mêmes. Afin de bien saisir tous les enjeux de la notion « nuisible », des articles de fond en exploreront les dimensions historiques, juridiques et scientifiques.

Ils s’accompagneront de cas très concrets, et volontairement très variés, ciblés sur un milieu ou une espèce. Ainsi, on pourra lire que la Réserve nationale du lac de Grand-Lieu, gérée par la SNPN, constitue le théâtre de proliférations d’espèces que l’on pourrait traiter de « nuisibles », mais que l’on observera à la lumière des connaissances actuelles : si ces espèces prolifèrent ainsi, n’est-ce pas en raison d’une dégradation antérieure du milieu provoquée par l’humain, y compris dans sa chasse au nuisible ?

Un article se penchera sur le cas du renard durant l’épisode de rage vulpine en France jusqu’en 1998, tandis qu’une chercheuse nous livrera ses études sur les perceptions variables dans le temps de l’ajonc d’Europe à la Réunion, de fleur rappelant le pays à indésirable des cultures. Les auteurs traiteront également du sujet sensible des friches, lieux de biodiversité longtemps très mal considérés. On découvrira également que les naturalistes ont parfois proposé la destruction d’une espèce sur des hypothèses sur son impact erronées, comme ce fut le cas pour les hermelles du Mont-Saint-Michel. D’autres exemples éclaireront des aspects originaux de cette question.